‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 43 sur 232 · ÉBRANLEMENT DU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

ÉBRANLEMENT DU MINISTÈRE

sance et alors je ne sais pas ce qui pourrait mu retenir. Ma santé est en partie mon excuse et surtout cette irritabilité, cette sensibilité exaltée qui font que ce qui effleure à peine l'épiderme des autres hommes me perce d'outre en outre. Ce n'était pourtant pas pour rentrer dans mon intérieur, ni me livrer à ces jouissances intimes qui furent toujours pour moi le premier des biens, que j'aspirais si ardemment à la liberté. Toute ma famille, tout mon intérieur se bornaient à mes deux filles que je chérissais chaque jour davantage et dont les soucis du ministère ne m'empêchaient pas de m'occuper, comme une tendre mère. Quant h ce bonheur passionné et doux, hélas! je ne m'en sentais pas moins avide que dans ma jeunesse ; un moment j'avais cru le posséder et j'y avais renoncé pour toujours: plus je sentais le souvenir de M™^ de XX ineffaçable dans mon cœur, plus je faisais d'efforts pour bannir son nom de mes pensées et pour éviter tout ce qui me le rappellerait.

(( Toutefois l'ébranlement du ministère allait croissant et le cœur me battait de joie à l'idée de n'avoir plus rien h démêler avec Decazes, Pasquier et toutes ces misères parmi lesquelles depuis si longtemps j'étais réduit à vivre. Les uns se jetaient tète baissée dans les bras des libéraux, les autres se rapprochaient timidement des royalistes. M. Laine consulta le conseil pour savoir s'il attaquerait l'élection du député Bédocli, qui avait produit un contrat d'acquisition évidemment simulé. Decazes et Pasquier soutinrent avec chaleur que nous devions fermer les yeux sur celle fraude manifeste; le maréchal et moi fûmes d'un avis contraire. Le maréchal du moins n'avait pas peur, il voulait qu'on gouvernât selon les lois el la justice sans s'embarrasser des partis, mais lorsque les partis deve

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