‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 44 sur 232 · ÉBRANLEMENT DU MINISTERE · texte numérisé non relu

ÉBRANLEMENT DU MINISTERE

naient trop redoutables, ses habitudes militaires le portaient à conseiller un peu trop vite l'emploi des baïonnettes. Nous ne parvînmes pas à nous entendre sur l'affaire de Bédoch et elle fut ajournée.

« Le bruit répandu de la retraite de Corvetto mettait en mouvement tous ceux qui prétendaient à lui succéder. A leur tête était le duc de Lévis. En disant à leur tête, je ne pense sûrement pas au mérite, mais seulement à l'ardeur et à l'infaluation des candidats- Il vint m'apporter un plan de finance, lequel, me dit-il, ne pouvait être apprécié que de lui et de moi. Il continua sur le même ton et comme s'il eut appris par cœur la scène de Trissotin et de Vadius. J'admirais, en l'écoutant, le génie de Molière, et cette profonde connaissance du cœur humain qui me faisait retrouver, après deux siècles, le type de son Trissotin dans ce grand seigneur.

<( J'attendais avec impatience des nouvelles de M. de Richelieu. Depuis l'arrivée de M. le duc d'Angoulème à Aix-la-Chapelle, ce prince avait pris chaudement la défense de la garde nationale contre le maréchal, et je m'attendais à ce qu'il en parlerait à notre président de manière à faire beaucoup d'impression sur lui; je ne me trompais pas, je reçus le 13, avant le conseil, la lettre suivante :

Aix-la-Chapelle, ce 10 novembre 1818.

(! M. le duc d'Angoulême a passé la journée ici hier, il a fait la conquête de tout le monde, et notamment celle de l'empereur Alexandre, qui l'a retenu près de deux heures pour causer. Monseigneur m'a parlé encore de la garde, envers laquelle on n'observait rien

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98 CONVENTION Fltl^ANCîBRE.

de ce^- q*ri avait été promis et à q,ui, m'a-t-iJ dit> une lettre: interprétative ôtait tous les adoucissenients qu'on étai>t convenui d'apporter à l'ordoanance trop fameuse du 2 août. Sommes-nous forcés de dégoûter la garde dans ce moment-ci? Comme je ne sais pas bien ce dont ilesl question, et que Monseigneur n'avait appris tout célaj que la veille de son départ, il m'est impossible ^ vous l'expliquer mieux que je ne le fais, mais ayez la/bonté de vous en informer avec détails, afin de me mettre bien au fait. J'avais déjà écrit à Pasquier sur le dégrèvement, j'ai dit mon avis, qui est le vôtre, en me soumettant à la majorité sans être convaincu ; peut-être cette opinion que j'ai prié M. Pasquier d'exprimer produira-t-elle quelque effet sur ces messieurs. Mais il faut soigner l'armée avant tout, et je crains bien que le maréchal ne vise plus au notrabre qu'au choix. Trente-quatre millions sont évidemment trop et il serait dur que la chambre fit le dégrèvement et en ôtât le mérite au Roi. Il survient encore des accrocs pour ces notes et ces déclarations que je vous ai envoyées et que l'on veut modifier; mais j'espère en venir à bout, le mal est que cela retarde et j'ai autant d'envie d'être à Paris que vous en arvez de m'y voir. L'affaire des dix-huit mois sera arrangée aujourd'hui, pour les paiements à faire. Baringest arrivé et, hors les Prussiens, tout le monde est d'accord. Je crois comme vous ce délai nécessaire et j'y ai fort insisté. On donnera quelque argent aux Pi-ussiens et l'affaire sera faite. Je suis fort curieux de votre conversation avec le duc de Berry, que ce soit pour ou autre chose, sii ils- veulent marcher avec nous, il *y a eacore; bien du remède. Mais l'armée! Voilà ce qu/il faut soigner et si le maréchal ne veut pas écouter la raiison, n'y aura-t-il doue rien à faire? Gela est impassible à

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