‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 50 sur 232 · RETOUR DE POZZO · texte numérisé non relu

RETOUR DE POZZO

Maine de Biran, Ravez et Portai. Je crus m'apercevoir que M. Laine, Maine de Biran et Portai niB repousseraient aucune de mes idées. Quant h Ravez, il n'entendait pas les questions. Je pris en conséquence M. Laine à part et lui confiai mon mémoire pour qu'il le lût h loisir. Lî lendemain, je fus le voir et reconnus bientôt l'erreur où j'étais tombé la veille. Le plan de M. Laine était fort différent du mien. Il repoussait tout rapprochement des libéraux et dans ce refus son amour-propre, blessé par les doctrinaires, avait évidemment une grande part. Pour la première fois il s'épancha avec moi et me parla à cœur ouvert de notre situation dès cette époque. Il regardait la dynastie comme perdue, n'aspirait qu'à sortir du ministère et me laissa voir pour Decazes un grand mépris; son opinion sur Pasquier n'était guère favorable, ce que j'avais ignoré jusque-là.

« Le lendemain 23 novembre, Pozzo arriva d'Aixla-Chapelle et accourut d'abord chez moi. Son langage était menaçant et il ne parlait plus d'entrer dans le ministère.

« L'empereur Alexandre, me dit-il, esl engagé d'amour-propre et d'honneur à soutenir le système constitutionnel que vous suivez et que l'ordonnance du 5 septembre, à laquelle il a tant contribué, a affermi. Mais s'il faut qu'il reconnaisse qu'il s'est trompé, si à la faveur de ce système les éternels artisans de révolution relèvent la tète, il deviendra l'ennemi le plus achainé des institutions qu'il a luimême créées et détruira de ses propres mains son ouvrage. On ne doutait pas à Aix-la-Chapelle qu'une révolution ne fût sur le point d'éclater ici. Tous les souverains et surtout loui's ministres s'en réjouissaient, excepté l'empereur Alexandre et son cabinet< Tous

INQUréTUDEU&. DB DECAZES. 18T

espéraient rentrer en France avec leurs armées, raser vos places, brûler vos arsenaux et diviser votre territoire en petits Etats qu'iU laisseraient se gouverner à leur gré. Du reste, l'empereur a exigé du duc de Richelieu qu'il ne songeât plus h. se retirer, et lui a fait entendre qu'il ne s'opposerait plus à ce que j'entrasse dans le ministère français lorsque lui, duc de Richelieu, le jugerait nécessaire. »

« Je laissai Pozzo achever sa harangue sans l'interrompre et ne lui répondis que des banalités. J'avais un grand intérêt à démêler le fond de sa pensée et à discerner le principe de sa démarche. Je vis clairement qu'il était chargé d'en dire autant à chacun de nous et que son maître lui-même venait de me parler par sa bouche.

*f Le soir, je vis Decazes qui me parut plus irrité qu'inquiet de sa position. II n'était occupé que de se faire de nouvelles créatures et m'avoua qu'il traitait avec le général Belliard après lui avoir fait expier si durement sa conduite pendant les Cent Jours. Il venait de le tirer de prison et voulait le faire rentrer à la chambre des pairs. «Je ne lui demande, ajouta-t-il, que de s'engager avec moi pour toute la vie du Roi. Le Roi mort, que chacun fasse ce qu'il voudra, je m'en fous, n

« Il me pressa de nouveau à consentir à ce que Dupont de l'Eure reçut l'institution royale de jug^ei « Croyez-moi, me dit-il, ne nous faisons pas un ennemi irréconciliable de ce Dupont. Beugnot qui arrive de Rouen est de mon avis et a vu quelle intluence il avait sur le tribunal où il siège et même dans toute la province. »

« — Ne faisons rien par peur, lui répondis-je ; si nous voulons refuser l'institution royale à de vieux servi-

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