INQUIÉTUDES DE DECAZES
leurs du Roi, à des émigrés qui ne la méritent pas, sachons la refuser à un républicain ardent, honnête homme sans doute, mais ennemi déclaré de la monarchie et de la maison de Bourbon. »
« Decazes m'entretint ensuite de la nécessité de donner un successeur à Corvetto avant l'ouverture deschambres et sur ce point j'étais de son avis complètement.
« En rentrant chez moi, je reçus un billet de
M"* de XX comme j'en recevais quelquefois, car
jamais elle ne recueillait en paroles ou en faits quelque chose qui pût me servir sans me le transmettre. Ses relations de famille, sa liaison avec la vicomtesse de Gonlaut, avec M"* de Dino et ses habitudes avec le pavillon de Marsan la mettaient à portée d'être souvent fort curieusement informée. Elle me confirmait et me prouvait ce que j'avais déjà soupçonné, que Decazes était en pleine négociation avec M. de Talleyrand et que ce dernier ne cessait de lancer contre moi tous ses venins. Entre autres calomnies, il répandait que je m'étais coalisé avec Pozzo pour chasser tous mes collègues et que je poussais M. de Richelieu à un coup d'Etat qui ferait tomber plusieurs têtes, tant ultra que jacobines.
« Le mercredi 25, le conseil se tint comme à l'ordinaire chez le Roi. Pasquier y proposa timidement de donner à Dupont l'instilution royale. D'abord, tout le monde se tut et le Roi lui-même. Ce prince répugnait beaucoup à nommer Dupont et pourtant selon toute apparence avait promis de le faire à son favori. Je rompis le silence et répétai, en ménageant seulement un peu les expressions, tout ce que j'avais dit à Decazes. Laine me soutint; la figure de Louis XVIil exprimait la plus pénible anxiété. Decazes se décida à le lirer de peine et, du ton d'un homme qui cède à
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regret, ouvrit l'avis d'attendre le duc de Richelieu qui arrivait le lendemain, ce que le Roi saisit avec empressement. Alors Pasquier demanda aussi l'institution de juge pour ce Gautret qui avait proposé l'affreuse loi des otages au conseil des Anciens. Je m'y opposai et le Roi dit qu'il se réservait d'y réfléchir; enfin Pasquier qui n'était pas ce jour-lk en fortune, nous demanda d'augmenter d'une chambre la cour royale de Toulouse, ce qui était si peu raisonnable qu'on le lui refusa tout d'une voix.
Avant de quitter Aix-la-Chapelle, M. de Richelieu m'écrivit une dernière lettre, que l'on va lire :
Aix-la-Chapelle, ce 23 novembre 1818.
« Avant de me mellre en route pour aller vous rejoindre, je veux vous remercier de la communication si intéressante que vous m'avez faite. J'ai lu votre mémoire avec beaucoup d'attention, l'ensemble et le système en général me paraissent excellents, il y aurait quelques objections à faire sur les détails, je me réserve de vous les présenter h mon arrivée. Ce qui demeure certain, c'est qu'il y a quelque chose à faire sous peine de périr un peu plus tard après s'être traîné tant bien que mal encore cette session. Je pars demain et j'irai le plus vite qu'il me sera possible, peut-être même sans coucher. Je n'y perdrais pas beaucoup, car il y a plus de trois semaines que je ne dors plus, ce qui me donne des maux de nerfs affreux et me rendra, si cela dure, incapable de tout. Enfln, j'irai, je vous le promets, aussi longtemps que je pourrai. J'ai reçu ce matin une lettre de M. Corvetto écrite du conseil et qui me fait espérer qu'il est