REPONSE DU DUC AU MEMOIRE
moins mal que je ne le croyais. Si ce qu'il me dit es réeJ, il faut qu'il soit sorcier; il parle de faire face toutes les dépenses, aux augmentations même deman dées par les ministres sans employer les cinq million de rente restant et en ayant encore un petit soulage ment à accorder sur l'impôt foncier. Cela tient di miracle et je crains bien qu'il n'y ait quelques mé comptes, c'est ce que nous verrons bientôt. J'ai pri: congé hier de l'empereur de Russie ; il m'a exhorté ' la patience, vertu d'un conseil plus facile que ne l'es l'exécution ; je ne puis assez le remercier de l'amitié que lui et sa famille m'ont témoignée. Le grand-diu Constantin est revenu enchanté de Paris ; il n'y a que la manière dont on traite la garde qui lui tient au cœur ^ C'est une chose h ne pas négliger, assurément, et sur cela comme sur le reste, vous voyez très juste.
« Mille et mille amitiés, je n'ai pas besoin de vous dire le plaisir que j'aurai h vous revoir.
« Les objections à certains détails de mon mémoire et l'éloge donné à la justesse do mes vues sur la garde me laissèrent peu de doutes sur la disposition où je trouverais M. de Richelieu et dans laquelle ses sœurs et ses entours le confirmeraient ici. Les objections s'appliquaient évidemment à toute la partie libérale de mon plan et les louanges s'adressaient à tout ce qui fortifierait l'autorité. Mounier et Pozzo vinrent me voir et demeurèrent près de trois heures en confé-
1. Les géiiérau.\; de lagaide et les ennemis du ministre de la Guerre avaient circonvenu le grand-duc pendant son séjour à Paris et adressé par lui leurs plaintes à Aix-la-Chapelle. (Note du comte Mole.)
ATTITUDE DES--IXOGTRINAIRES. 131
rence avec moi. Le premier, plein de bon sens et de bonne foi, me parut embrasser mon système dans toute son étendue et en accepter toutes les conséquences. Il avait, ainsi que Pozzo, lu et médité mon mémoire à Aix-la-Chapelle. Du reste Mounier m'annonça que M. de Richelieu arrivait plein d(3 défiance du maréchal, d'une confiance, m'ajouta-t-il, sans bornes pour moi, et décidé à changer le ministre des Finances.
« Les événements se pressaient et les doctrinaires, se rapprochant de plus on plus de Decazes, s'éloignaient de plus en plus de moi. Cette coterie portait avec ardeur M. Louis au ministère des Finances et exigeait de Decazes de le faire succéder immédiatement à Corvetlo. Le favori usa de finesse. Il ne voulait pas de M. Louis qu'il regardait comme beaucoup trop indépendant, et il ne craignait pas moins de s'en faire un ennemi que de mécontenter les doctrinaires, Il feignit donc de le servir de tout son crédit, mais en ne répondant pas du succès et alléguant la résistance ■que le Roi et M. de Richelieu opposaient à ses efforts. M. Roy était celui que DeGaz-îs, dans le fond de son Ame, préférait à M. Louis. Lié très occasionnellement avec lui, il en attendait beaucoup de complaisance et n'en redoutait aucune rivalité. Roy brûlait depuis longtemps d'arriver au ministère des Finances, le rôle qu'il avait joué à la chambre à toutes les sessions n'eut jamais d'autre objet, parlant toujours à la tribune d'économies, mais avec la modération et la réserve <l'un homme qui veut un jour pouvoir tenir comme ministre ses engagements de député. J'eus un long «ntretien avec lui ; je le trouvai opposé à toute idée «d'emprunt et prétendant combler le déficit sans autre secours que les économies, ce qui était bien chimé-
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rique. 11 parlait mémo de réduire la liste civile et se montrait très favorable à la proposition du renouvellement intégral et quinquennal. Nos projets commençaient à percer au dehors, nous n'étions même pas fâchés de les laisser deviner. La duchesse de Duras mt fit dire que les chefs du côté droit consentiraient au renouvellement quinquennal, si nous voulions leui accorder les deux degrés d'élection. Je répondis que, dussé-je être seul de mon avis dans le ministère, je m'opposerais toujours aux deux degrés.
« Enfin le dimanche 29 novembre, le duc de Richelieu arriva, et le lendemain dès huit heures du matin j'étais enfermé avec lui dans son cabinet. Je le trouvai piqué au jeu et décidé à se défendre contre toutes les cabales et les intrigues. Je lui dis sans ménagement ni réserve tout ce que je pensais de sa position, de la mienne, des vues et de^ projets de chacun. Rien de tout cela ne le surprit et je m'aperçus qu'il avait été averti par d'autres que par moi des pièges tendus, des intrigues ourdies pour le dégoûter et lui faire abandonner le timon. Il m'apprit qu'il avait communiqué mon mémoire à Capo d'Istria et à l'empereur Alexandre. Ce dernier en avait été si frappé qu'il lui avait recommandé de s'abandonner sans réserve aux conseils de l'auteur. Rien de tout cela ne me fit illusion et ne m'empêcha de prévoir tout ce qui va suivre.
« Le comte de Nesselrode, ministre des Affaires étrangères en Russie et l'un des plénipotentiaires du Congrès, venait d'arriver à Paris. Je ne le connaissais pas, mais comme ministre du Roi, je lui devais la première visite. Il logeait chez Pozzo, je fus le voir en sortant de chez le Roi et demeurai plus d'une heure à causer avec lui. Nesselrode me parut n'être jamais