M. MOLE CHEZ LE DUC
tention de s'élever au premier conseil contre l'augmentation proposée du budget de la guerre.
« Avant de le faire, lui représentai-je, réfléchissez sur les conséquences. Vous vous engagez dans une lutte personnelle avec le maréchal Gouvion. Il ne vous cédera pas et vous ne pourrez reculer. Decazes, obligé de choisir entre lui et vous, passera de son côté, convaincu que là est la popularité et la forco. Vous serez obligé alors ou de recomposer immédialc ment votre ministère, ou de laisser Decazes et le maréchal maîtres du terrain ou de dire au Roi d'appeler M. de Talleyrand. Vous sentez-vous le courage, vous reconnaissez-vous les moyens de prendre le premier parti ? Car vous ne pouvez vous résigner en conscience et en honneur aux deux autres. Votre séjour à Aix-la-Chapelle vous a du moins appris que vous aviez en Europe comme en France une considération qui vous rendait l'homme unique et nécessair» . N'abordez pas toutes les. difficultés à la fois. Remédiez d'abord à l'état de la place et du crédit public menacé d'une effroyable catastrophe, donnez un successeur au bon Gorvetto, et vous verrez ensuite s'il ne serait pas possible de faire entendre la raison au maréchal. »
(( Le duc de Richelieu fut inébranlable comme il l'était quand son parti était véritablement pris. Les terreurs répandues au Gongrès et qui s'étaient em}i rées de l'àme d'Alexandre avaient aussi pénétré dans la sienne. Il se regardait obligé de tirer la monarchie de ce qu'il appelait un pressant péril. De ce momenl. il me fut démontré que notre ministère et non la monarchie, n'avait plus que peu de jours à exister.
« A quatre heures, je fus chez Decazes et le trouvai avec Pasquier. Il me reçut d'un air distrait et glacé. Pendant que je lui parlais de Gorvetto et de la néces-
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site de le remplacerrîTeontiniiait à lire sa correspon- <lanci3 sans paraître même m'écouter. Mon accent « t'I)en(lant et quelques mots d'impatience qui m'échappèrent le firent éclater. 11 me reprocha Vhumenr que je Jïiontrais depim quelque temps en toute rencontre et <nrtout au conseil. Je ne répondis que pour m'expliquer -l'S étranges paroles. J'étais obligé de croire qu'il n "était pas dans son assiette physique ou morale et que sans doute il ne se portait pas bien, ou avait quelque chagrin.
(( N'ai-je pas à me plaindre de vous, reprit-il d'un ton radouci, vous êtes-vous jamais occupé de ma position et me rendez-vous l'office d'un bon camarade ? »
« Je crus qu'il devenait fou et lui demandai en quoi sa position différait de celle de ses collègues et pouvait réclamer de moi ou de tout autre le moindre M'cours.
(( Comment, s'écria-t-il, pensez-vous donc que je consente jamais à me présenter encore ministre de la Police aux chambres assemblées? Non, ce ministère est désormais impossible et honteux à exercer; d'ailleurs je me crois propre à faire autre chose qu'à faire la police, et je veux le prouver. »
« Il y avait du vrai quant au ministère de la Police, mais Decazes cachait son arrière-pensée, elle était de nous effrayer de sa retraite pour que M. de Richelieu lui donnât le ministère de l'Intérieur. Je convins avec lui de la nécessité de supprimer le ministère de la Police et de lui en donner un autre. Je lui offris, et de bien bon cœur, celui de la Marine, car j'étais profondément dégoûté et tourmenté de cette soif de retraite, de liberté, d'indépendance qui me saisit parfois au milieu des affaires et de ce qu'on appelle les jouissances du pouvoir. Toutefois, je savais bien que