M. MOLE CHEZ DECAZES
Decazes n'était pas plus disposé à prendre ma place qu'à s'en contenter. Il lui fallait un ministère plus important. Nous arrêtâmes que le soir même il proposerait au Roi de le nommer ministre de sa Maison avec l'Instruction et les Cultes enlevés au ministère de l'Intérieur. Par là Decazes serait entré encore plus avant dans les affaires personnelles et les secrets du Roi, il aurait régné sur la Cour et le clergé, ôté à M. Laine deux de ses attributions les plus importantes. Il me dit qu'il m'écrirait le lendemain matin le succès de sa démarc-he pour que j'agisse ensuite auprès de M. de Richelieu, mais le lendemain je prévins sa lettre et à dix heures du matin j'étais chez lui ; je le trouvai dans un grand abattement, Louis XVIII l'avait refusé. <( Je ne veux, lui aurait dit ce Prince, mettre personne, pas même vous, dans mes affaires; je ne dois aucun compte de ma liste civile tl ne la ferai point administrer par un ministre responsable. » Decazes avait été ensuite s'ouvrir au duc de Richelieu dont il n'avait pas été mieux accueilli. <( Dans la crise oii se trouve le ministère, lui avait dit le duc, nous devons nous garder de rien innover. Il faut que chacun reste ferme à son poste, excepté b' maréchal qui ne peut plus rester au sien. »
(( L'un des principaux agents de change, Baillot, vint nous interrompre et nous annonça tout en pleurs que vingt banqueroutes allaient éclater à la Bourse si nous ne venions pas au secours. En attendant, Baillot demandait des gendarmes déguisés pour faire la police au parquet. Je le laissai avec Decazes et j'allai me préparer au conseil qui devait se tenir à trois heures chez Gorvetto. Le favori s'y fit attendre plus d'une heure, ce qui donna le temps à M. de Richelieu de nie prendre à part pour me demander si je l'avais vu.