M. MOLE CHEZ DECAZES
<( Je le quitte, répondis-je, et je l'ai laissé bien attristé de l'entrevue qu'il a eue ce matin avec vous. Il est irrévocablement décidé à ne plus se présenter aux chambres ministre de la Police et je trouve qu'il a raison. L'çxistence de ce ministère ne peut })lus se défendre. »
<( — Mais que faire? interrompit le duc, car on ne peut se passer de M. Decazes ; le Roi l'aime plus que jamais ; ses premières paroles hier à M. de Nesselrode ont été pour lui vanter ses talents, ses services et lui faire connaître toute la tendresse qu'il lui portait, et l'intention du Roi était évidemment que Nesselrode répétât tout cela à l'empereur Alexandre. J'avais pen.sé à mettre M. Decazes à la Maison du Roi, mais le Roi n'y veut point consentir, je ne vois que l'Intérieur à lui offrir si M. Laine veut bien passer à la Justice. »
<( — Et M. Pasquier ? repris-jo
« — Ma foi, continua le duc, il faudra bien qu'il en prenne son parti ; tout cela no peut se faire sans que quelqu'un cède sa place, d'ailleurs nous ferons M. Pasquier vice-chancelier, ambassadeur, tout ce qu'il voudra. »
(( Nous en étions là, lorsque Decazes entra, et la séance s'ouvrit. M. de Richelieu, fidèle à sa résolution, combattit avec chaleur la proposition d'augmenter le budget de la guerre et déclara, qu'en son âme et conscience, rien ne l'y ferait consentir. Le maréchal suffoquait de colère et, quoiqu'il se contraignit, il ne put commander à son indignation et se défendit avec moins de raison que de violence. Decazes était au supplice et chacun baissait les yeux. M. de Richelieu prit les voix. Decazes vota seul pour le maréchal, qui se renferma dans un farouche silence. On se sépara