UN CONSEIL CHEZ CORVETTO
en convenant qu'au lieu de se réunir le lendemain mercredi chez le Roi, on s'assemblerait encore chez Corvetto, pour terminer toutes les discussions relatives au budget. Le duc de Richelieu me ramena chez moi. A peine étions-nous dans sa voiture, qu'il déborda sur le ministre de la Guerre, répétant qu'il lui était impossible, qu'il serait coupable de le garder plus longtemps, que l'empereur Alexandre et le duc d'Angoulême, tout en rendant justice à ses intentions, étaient convaincus qu'il préparait la chute du trône par la manière dont il mécontentait la garde royale et composait l'armée.
« Sur ces entrefaites, le duc de Wellington revint à Paris ; je craignais que sa présence ne précipitât les événements, mais je le trouvai disant au contraire qu'il y aurait du danger à se séparer trop vite du maréchal. Je le soupçonnai de craindre qu'on ne donnât à ce dernier, pour successeur, le général Lauriston que portait l'empereur de Russie.
« En quittant Wellington, j'allai chez Decazes où j'avais donné rendez-vous à Pasquier. L'un et l'autre étaient fort émus de notre séance du matin. Pasquier nous dit qu'il était prêt à se retirer, à faire tout ce qu'on voudrait, pourvu que Decazes passât à l'Intérieur. 11 fut convenu que le lendemain matin Decazes irait encore chez le duc de Richelieu pour le presser de terminer enfin les arrangements ministériels.
« Le lendemain à trois heures, je me rendis au conseil chez Corvetto. Pasquier, près duquel je m'assis, me dit tout bas que Decazes avait été médiocrement content du duc. Gomme il achevait ces paroles, le dur entra et me prit à part. Il demeura fort réservé sur Decazes et me dit seulement qu'il avait causé avec lui de sa position, mais ce qu'il m'apprit et ne laissa
UN CONSEIL CHEZ COftV£TTO. .130
pas que de me surprendre, c'est que Decazes l'avait [irossé très vivement de mettre Louis aux Finances.
Je n'en ferai rien, continua-t-il. Decazes n« porte M. Louis que pour plaire aux doctrinaires et il ne voit pas que cela me ferait perdre soixante voix de la droite et du centre pour le renouvellement quinquennal. » La séance s'ouvrit et l'on termina la discussion du budget.
(( Au moment où on allait .«^e séparer, le maréchaU d'une voix de tonnerre, nous dit qu'il se croirait coupable de trahison s'il consentait à la réduction de l onze millions sur les trente millions d'augmentation ' qu'il avait demandés. Pour comprendre celte explosion et son effet sur les physionomies, il faut savoir que Decazes, depuis trois jours, s'épuisait en efforts et en démarches pour obtenir du duc qu'il se contentât de ces onze millions, et de Gouvion, qu'il les abandonnât. Decazes demeura donc altéré en entendant le maréchal, tandis que M. de Richelieu, rouge de colère, portait sa main sur sa figure pour qu'elle ne la trahit pas. V^ainement, Décades et Pasquier essayèrent- ils de • aimer et de persuader le maréchal. Celui-ci déclara assez nettement qu'il rendrait son portefeuille plutôt "jue de céder, puis il ne fut plus possible d'en arracher un seul mot. Gomme je me retirais, Decazes .s'approcha de mon oreille et me fit entendre ces paroles inattendues :
« J'ai fait consentir le Roi à prendre Pasquier pour ministre de sa Maison, il ne s'agit plus que de faire agréer ce choix au duc de Richelieu et il faut que vous 11 fassiez votre affaire. »
« Il était donc clair que Decazes nous avait mystifiés •Ml nous parlant de la répugnance invincible du Roi à faire un ministre de sa Maison et que cette réponse