‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 58 sur 232 · UN CONSEIL CHEZ GORVETTO · texte numérisé non relu

UN CONSEIL CHEZ GORVETTO

du monarque : » Je ne veux tJiettre personne dans mes affaires j pas même vous », avait été une invention (]<■ son favori. Decazes avait joué toute cette comédie pour masquer l'objet de sa véritable ambition, qui était do prendre le ministère de l'Intérieur et d'en chasser Laine; c'eût été pour lui un coup de maître que de placer en même temps Pasquier à la Maison du Roi, car sa perpétuelle inquiétude avait toujours été d'y voir un homme qui ne fut pas à lui.

« M. de Richelieu me ramena encore chez moi ; à peine étais-je dans sa voiture, que je lui dis : « Kh bien, voilà donc qu'il est question de mettre Pasquier à la Maison du Roi ? »

<( — Ce serait une sottise, me répliqua-t-il avec impatience ; Pasquier ne peut être là, il y serait ridicule, » Cette réponse et l'accent qui l'accompagna me prouvèrent que M. de Richelieu avait pénétré le dessein de Decazes et que déjà ce dernier lui avait fait une ouverture qu'il avait repoussée. Le duc, revenant ensuite sur l'impossibilité de garder le maréchal : (( Je vous défie, lui dis-je, de lui trouver un successeur. »

« — N'est-il donc pas un seul homme, reprit-il, qui puisse le remplacer? »

« — Un seul, oui, m'écriai-je en le fixant, et cet homme c'est vous. »

(( Le duc recula d'abord devant l'idée que je lui présentais, puis elle parut lui plaire. « Voilà, continuai-je, ce qui s'appellerait gouverner, voilà qui serait une attitude noble et hardie, opposée aux intrigues qui vous circonviennent de toutes parts. Vous diriez à vos amis et à vos ennemis : « Je me charge moi-même de résoudre le grand problème de la formation d'une armée française et royaliste. » Le

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