LAINE ET M. DE RICHELIEU
commune, n'était plus, pour ainsi dire, de complicité avec lui ; il se trouvait sans bouclier, sans argument et ne savait plus que répondre à ses adversaires.
« A quatre heures je m'acheminai donc au ministère de l'Intérieur et je trouvai Laine au fond de son cabiBet,, seul et abattu. Après lui avoir annoncé l'objet de ma visite et dit l'état où j'avais laissé M. de Richelieu, j'exposai les motifs qui se réunissaient pour qu'il fit au Roi et à la patrie le sacrifice qu'on attendait de lui. Après tout, que lui demandait-on ? De quitter un ministère pour lequel il n'avait jamais eu un goût particulier et ou, tout en apportant ses hautes facultés, il ne semblait appelé ni par ses précédents ni par une aptitude spéciale. A la place, on lui en offrait un autre non moins important et où semblaient l'appeler la nature de ses talents, de ses habitudes et les études de toute sa viéw Son refus pouvait tout compromettre, non pas seulement l'existence du ministère, mais le trône et l'Etat par un changement d'hommes et di' système dont les suites étaient incalculables.
« J'en étais là lorsque la porte s'ouvrit avec force v\ nous vimes entrer M. de Richelieu. Sa figure, sa démarche, aiinonc^aient un trouble extrême ; il avait son habit de pair, ce qui indiquait (ju'il venait des Tuileries ou qu'il y allait. <( Vous conspirez tous deux, dit-il en jetant son chapeau au milieu de la chambre, eh bien, moi, je viens de conspirer avec le Roi. Je lui ai déclaré, foi de Richelieu, que si Monsieur (montrant Laine) se retirait, je partais avec lui, »
« — M. le duc, interrompit Laine, si en me retirant je fais une faute, vous, vous commettrez un crime. »
« — Eh bien. Monsieur, ce sera vous qui me l'aurez fait commettre », reprit M. de Richelieu.
« Alors s'établit entre eux la lutte la plus déplo-