‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 64 sur 232 · RICHELIEU · texte numérisé non relu

RICHELIEU

rable et où leurs caractères et leurs cœurs se révélèrent

pleinement. M. de Richelieu tantôt commandait au

nom du Roi et de la patrie, tantôt suppliait en son

; nom. Les larmes aux yeux, la voix tremblante, il

serrait Laine dans ses bras, l'embrassait, l'appelait son

ami, son frère. L'émotion de Laine était toute nerveuse,

I esl-à-dire que ses nerfs étaient plus ébranlés que

s(tn cœur n'était attendri. Pâle, tremblant, mais l'œil

>''c, il répétait sans cesse: « M. le duc, vous me

'iMuandoz la seule chose qu'il ne me soit pas possible

«If faire; demandez-moi mon sang, ma vie, mais ne

me demandez pas cela. » Laine n'ajoutait pas une

raison, et quelle raison, en effet, pouvait-il donner de

.son opiniâtreté inconcevable ? Où cette opiniâtreté

f, prenait-elle sa source, si ce n'est dans l'amour-propre

[ le plus misérable, si ce n'est dans la répugnance à

' céder à Decazes qu'il méprisait et dans la crainte de

déchoir en quittant l'Intérieur pour la Justice?

« Le pauvre M. de Richelieu se retira désespéré et 'f moi je déplorais cette influence des plus petites causes l et des vanités les pins mesquines sur de grands et i sacrés intérêts. De ce moment, notre ministère me ! parut dissous. Je donnai à diner à un grand nombre I de pairs et de députés. Je fus, je l'avoue, un peu ' pensif pendant le repas. Je m'aperçus cependant que l'idée du renouvellement quinquennal ne ferait pas torlune parmi les convives et je commençai à soupçonner Decazes d'y contribuer sous main.

« Le lendemain 4, de bonne heure, un billet de

Mézy m'apprit qu'il m'amènerait M. Louis à midi.

J'en reçus un autre du duc de Richelieu qui me priait

de m'assurer si la nuit n'avait pas porté conseil à

. Laine et m'annonçait quil se tenait en réserve et y

' tenait aussi le Roi pour un dernier effort, mais au

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