RICHELIEU
rable et où leurs caractères et leurs cœurs se révélèrent
pleinement. M. de Richelieu tantôt commandait au
nom du Roi et de la patrie, tantôt suppliait en son
; nom. Les larmes aux yeux, la voix tremblante, il
serrait Laine dans ses bras, l'embrassait, l'appelait son
ami, son frère. L'émotion de Laine était toute nerveuse,
I esl-à-dire que ses nerfs étaient plus ébranlés que
s(tn cœur n'était attendri. Pâle, tremblant, mais l'œil
>''c, il répétait sans cesse: « M. le duc, vous me
'iMuandoz la seule chose qu'il ne me soit pas possible
«If faire; demandez-moi mon sang, ma vie, mais ne
me demandez pas cela. » Laine n'ajoutait pas une
raison, et quelle raison, en effet, pouvait-il donner de
.son opiniâtreté inconcevable ? Où cette opiniâtreté
f, prenait-elle sa source, si ce n'est dans l'amour-propre
[ le plus misérable, si ce n'est dans la répugnance à
' céder à Decazes qu'il méprisait et dans la crainte de
déchoir en quittant l'Intérieur pour la Justice?
« Le pauvre M. de Richelieu se retira désespéré et 'f moi je déplorais cette influence des plus petites causes l et des vanités les pins mesquines sur de grands et i sacrés intérêts. De ce moment, notre ministère me ! parut dissous. Je donnai à diner à un grand nombre I de pairs et de députés. Je fus, je l'avoue, un peu ' pensif pendant le repas. Je m'aperçus cependant que l'idée du renouvellement quinquennal ne ferait pas torlune parmi les convives et je commençai à soupçonner Decazes d'y contribuer sous main.
« Le lendemain 4, de bonne heure, un billet de
Mézy m'apprit qu'il m'amènerait M. Louis à midi.
J'en reçus un autre du duc de Richelieu qui me priait
de m'assurer si la nuit n'avait pas porté conseil à
. Laine et m'annonçait quil se tenait en réserve et y
' tenait aussi le Roi pour un dernier effort, mais au