INTRIGUES DE M. DE VILLELE
même instant je vis entrer dans mon cabinet le marquis de Vérac, intrigant brouillon et dangereux, qui assiégeait le duc de Richelieu et l'un de ces hommes qui, en se donnant à lui et se présentant au monde comme son meilleur ami, lui ont fait tant de mal.
« Je quitte, me dit Vérac, M. de Richelieu et je viens vous voir de sa part. Savez-vous bien jusqu'à quel point il compte sur votre amitié dans tous les cas, pour toutes les hypothèses, combien il met vos conseils au-dessus de tous les autres? J'aurais voulu que vous l'entendissiez tout à l'heure s'exprimer à ce sujet, mais ce que je dois vous dire aussi, ce que vous ne pouvez plus ignorer, c'est qu'il négocie par mon intermédiaire avec M. de Villèle et le côté droit pour en obtenir la majorité sur deux lois vitales, le renouvellement quinquennal et la censure des journaux. M. de Villèle ne demande que l'éloignement de Decazes; du reste il désire ardemment que vous restiez auprès de M. de Richelieu pour lui prêter la force de votre caractère et n'exige aucune autre concession, pas même de rien changer quant à présent à laloides élections. » Depuis plusieurs jours, j'avais pressenti l'existence de cette intrigue, mais avec quelle douleur n'en acquérai-je pas la démonstration 1 Ainsi, le duc de Richelieu, ainsi le plus noble caractère était devenu le jouet d'une coterie, la proie des intrigants sans que mon amitié, mon dévouement aient pu l'on préserver !
« Je ne laissai voir sur mon visage à Vérac rien de ce qui se passait dans mon àme; opposant même un peu de ruse à ses artifices, j'eus l'air d'enirer dans ses projets, afin de bien connaître toute leur portée. « Je crains, lui dis-je, que vous ne soyez moins près du