M. MOLE CHEZ LOUIS XVIII
postiche qui servirait bientôt à M. Decazes de marchepied. Lorsque je lui ai observé que M. Laine était irrévocablement décidé à se retirer et moi à le suivre, il m'a répondu: <t Vous m'abandonnerez donc à M. de Talleyrand, car il faut un chef. » En rapprochant ces paroles du Roi des rapports de M. Decazes avec M. de Talleyrand, n'y a-t-il pas lieu de soupçonner que ces deux hommes s'entendent et qu'il existe entre eux un traité secret ? Si cela est, j'ai bien envie de les dispenser «le plus longues intrigues et de céder tout de suite la j)lace à M. de Talleyrand. Mais ne nous trompons pas, assurons-nous auparavant qu'il ne refusera pas et qu'il pourra lui-même former un ministère. Allez donc raconter à Decazes ma conversation avec le Roi, dites-lui de faire pressentir M. de Talleyrand par Saint-Aulaire, mais prenez garde que ce vieil ambitieux ne puisse se vanter d'avoir. refusé ni le Roi ni moi. »
« Cette ouverture du duc de Richelieu me laissa muet d'étonnement. Je me retirai pour faire sa commission et hâter de tous mes efforts la dissolution d'un ministère dont je devenais honteux de faire encore partie. Il n'y avait plus d'administration, le gouvernement était désemparé, l'angoisse ministérielle paralysait tout et Decazes, loin de dérober au public la connaissance de nos misères, les lui livrait toutes par ses agents. Je n'osais plus me montrer nulle part, tant nous étions devenus l'objet de la moquerie universelle par cette prétendue impossibilité où nous nous I Toyions soit de rester, soit de partir.
« Decazes reçut la communication que j'étais chargé de lui faire avec une inexprimable surprise. « M. de Richelieu a mal compris le Roi, me dit-il, je vous en réponds. Vous pouvez vous en assurer en le voyant