‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 68 sur 232 · M. MOLE CHEZ LOUIS XVIII · texte numérisé non relu

M. MOLE CHEZ LOUIS XVIII

vousr-même, ei le mettant sur la voie de vous parler de notre situation. Quant à moi, rien n€ me fera livrer le Roi à M. de TaUeyrand et ni mon beau-père ni moi ne nous employerons jamais à une œuvre pareille. »

(( En quittant Decazes, je me rendis chez le monarque et j'eus tort, car j'aurais dû laisser au favori le temps de le prévenir de ma visite. Je le trouvai dans son petit cabinet, assis devant sa table, tel précisément que le peintre Gérard l'a représenté dans le tableau qu'il en a fait. Sa physionomie était abattue et sesyeux étaient rouges comme s'il avait pleuré. Je lui parlai le premier de tout ce qui se passait parmi ses ministres.

« L'obstination de M. Laine, me dit-il, est bien coupable, mais le départ de M. de Hichelieu sera un beaucoup plus grand malheur que le sien. »

« — Oui, répartis-j^e, car il faut un chef. »

(( — Il faut un chef », reprit le Roi sans ajouter un seul mot.

« 11 y a un homme, coiitinuai-je, qui ne demanderait pas mieux que de le devenir. »

« — M. de TaUeyrand? >» interrompit le Roi avec une indifférence affectée, puis il rompit l'entretien et me congédia.

« Je retournai chez Decazes pour lui raconter ma conversation : « Vous avez été trop vite, me dit-il, le Roi n'avait pas encore reçu la lettre où je lui annonçais votre visite et c'est ce qui l'aura empêché de s'ouvrir avec vous. »

(( On voit que le favori ne faisait pas difficulté de reconnaître que Louis XVIII ne s'ouvrait avec nous que selon qu'il le lui avait conseillé ou permis.

« M. de Richelieu poursuivait son projet d'alliance avec la droite et il devait avoir une conférence avec

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