WELLINGTON ET LA SITUATION INTERIEURE
La Cour et le côté droit donnaient à Corvetto d'hypocrites regrets. Je rencontrai Fontanes dans la salle du Trône, qui me supplia au nom de Mathieu MoIé de me mettre à la tête des royalistes et de cette réunion de pairs dont il était membre et qui s'assemblait chez le cardinal de Beausset.
« Tout se préparait pour la session. Le conseil du lundi 7 fut tout employé à lire et corriger le discours du Roi. M. de Richelieu était si malade qu'il ne put y assister. Pasquier essaya de m'endoctriner de nouveau. « Croyez-moi, me dit-il, restons en dehors du nouveau ministère et nous ne tarderons pas à lui succéder, car il ne faut pas nous le dissimuler, la force des choses nous placera à la tête des adversaires du duc de Richelieu dans les deux chambres. »
« — Je le pense, interrompis-je, et c'est ce qui me décidera à passer l'hiver à Nice. Je ne sais d'ailleurs si vous ne vous méprenez pas sur les véritables dispositions des chambres. Dans celle des pairs, je suicertain que la majorité veut un changement à la loi des élections. »
(f Roy, qui entendit ces dernières paroles, dit qu'il en était de même de la majorité des députés. Il ajouta que son avis était de céder sur ce point, mais qu'il ne consentirait jamais à aucune loi d'exception.
« Nous allâmes ensuite dîner tous chez l'ambassadeur d'Angleterre avec Lord Castlereagh et le duc de Wellington. Ce dernier me prit à part et m'entretint longtemps.
« J'ai vu Monsieur hier, me dit-il, et l'ai trouvé fort radouci. Il ne parle que de rapprochement et offre d»^ vous donner son parti sans exiger autre chose qu'un léger changement à la loi des élections. Ce n'est donc point de ce côté que viendront vos embarras. C'est la
INDÉCISION ItL DUC DE RICHELIEU. 159
position de M. Decazes qui fait toute la difficulté de la vùtre. Il faut, ou que vous le gardiez dans vos rangg et à votre tête, ou qu'il aille en ambassade, car vous seriez insensés les uns et les autres de former un ministère où il ne serait pas s'il reste auprès du Roi... »
« Pasquier vint nous interrompre et me proposa de venir chez lui avec Decazes causer de nos affaires. A peine étais-je en voiture avec eux qu'ils se mirent k me prêcher, à me caresser à Tenvi pour me persuader de rester dans le ministère avec M. de Richelieu et d'entrer dans son alliance avec le côté droit. l'n nous séparant, Pasquier dit qu'il écrirait encore le lendemain une- longue lettre au duc. J'avais une manière certaine de savoir à quoi m'en tenir sur ses véritables desseins. C'était de pressentir avec adresse l'une des deux femmes qu'il consultait en tout et qui exerçaient sur lui un empire d'autant plus constant 't d'autant plus certain qu'au lieu d'être soumis aux variations de l'amour ou aux inégalités de l'amitié, il n "avait d'autre source que l'extrême faiblesse de son ciiractère. En sortant de chez lui, j'allai chez M™' de Vintimille et je n'eus pas de peine à en tirer cet «•racle : « Il faut à tout prix sortir du ministère pour y rentrer dans six semaines. » De ce moment, je ne """uservai plus de doute sur les projets de Pasquier et [ ir conséquent du favori.
'< Le lendemain 8 décembre, je fus chez M. de Uichelieu qui était assez calme et me marqua beau- ' 'uip d'amitié. Il me lut la lettre de Pasquier qu'il ^onait de recevoir et qu'avec raison il trouvait fort maladroite. Je lui rapportai ce que m'avait dit lord Wellington chez l'ambassadeur d'Angleterre. « Il a bien raison, me dit-il, il faut que Decazes reste dans le ministère ou qu'il s'en aille au loin. »
« Nous eûmes un conseil qui n'amena rien de remarquable. On y parla encore du discours de la -Couronne dont nous devions le lendemain arrêter définitivement la rédaction. Chacun de nous rouvrit sa maison. Je réunis ce soir même à diner la plupart des députés ministériels. Tous me représentèrent avec ^chaleur la nécessité de se rapprocher de la droite en faisant de légers changements à la loi des élections, eux-mêmes regardaient ces changements comme indispensables. Ils promettaient une majorité de 140 voix au moins pour le renouvellement quinquennal et tout ce que le ministère demanderait pendant •cette session.
« Le lendemain mercredi 9 décembre, veille de l'ouverture des chambres, il n'y eut point de conseil chez le Roi, à cause de la messe du Saint-Esprit, mais nous nous réunîmes à trois heures chez M. de Richelieu et j'eus soin d'arriver une demi-heure avant mes collègues, afin de pouvoir causer avec lui. Je le trouvai k mon grand étonne ment ayant encore une fois changé d'idée et de projet et ne songeant qu'à retenir Decazes au ministère et à renouveler son alliance avec lui. « J'aurai avec Decazes, me dit-il, l'explication la plus franche et la plus amicale. Je lui ferai voir qu'il peut sauver le Roi et la France en s'unissant sincèrement îi nous et nous aidant à profiter -de celte majorité qui s'offre dans les deux chambres ^vec tant de zèle et de dévouement. M. Laine consent à distraire de son département les Cultes, l'Instruction publique et les théâtres pour lui composer un ministère et après la session il lui remettra le reste. Si Decazes me refuse, si rien de tout cela ne le satisfait, il faut qu'il parte, qu'il aille en ambassade, car il ne peut rester ici. Ce sera sans doute un malheur que sa