MÉCONTENTEMENT DE DECAZES
VOUS avez exigé que M. Laine vous cédât sa place. Perniiltez que je vous le dise, vous deviez le sacrifice de votre amour-propre au Roi et au pays dont voire retraite va compromettre tous les intérêts. »
(( Decazes, au lieu de s'irriter de ce langage, fut imposé par l'accent animé et de conviction qui l'accompagnait. Toutefois je lui savais contre moi un grand fond d'amerlume, parce qu'il était convaincu que sans moi M de Richelieu l'aurait souffert auprès du Roi. L'arrivée du monarque mit fin à notre conversation et nous allâmes à sa suite prendre les places qui nous étaient assignées au pied du trône. L'effet du discours royal passa mon attente. Les doctrinaires et le centre gauche, sur lesquels j'avais les yeux fixés, ne pouvaient en croire leurs oreilles. La fameuse phrase leur parut une déclaration de guerre qui leur inspirait presque autant de mépris que de colère. Les ultras, au contraire, ne revenant pas d'aise et de surprise, y voyaient l'aurore de leur règne et le présage de leur triomphe.
« Je dînai chez le chancelier avec tous les ministres et l'élite de la chambre des pairs. J'y remarquai une telle division parmi les esprits, un tel éparpillement pour ainsi dire de toutes les opinions, que je fus de plus en plus convaincu de l'urgente nécessité d'une administration nouvelle pour rallier et reformer au moins un parti.
(( Revenu chez moi vers huit heures du soir, j'y reçus la visite d'un grand nombre de députés libéraux et de quelques membres de la droite qui n'avaient guère hanté mon salon jusque-là. Les premiers, exaspérés, semblaient me demander s'ils devaient me considérer comme ami ou comme ennemi. Les seconds s'adressaient assez grossièrement à mon ambition, en
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insinuant qu'ils ne laisseraient point d«e bornas à tna. puissance si je voulais ra-e charger de gouverner pouT leur compte M. de Richelieu. Les uns et les autres se trompaient. Je n'avais d'autre ambition que de sortir àes affaires le plus tôt possible et je ne conserverais d'autre regret que d'avoir consenti à y entrer. J'avais reconnu trop tard que Decazes était inévitable, et que tout système de gouvernement reposant sur des principes était impossible avec lui. Je lisais «clairement dans l'avenir, je prévoyais que Decazes allait Tcssaisir le pouvoir pour le remettre en définitive aux ultras à force de fautes et de sottises. Je ne me méprenais pas da^'^^■tage sur mes propres destinées. Je savais que j'allais être en butte à l'injustice et aux calomnies de tous les partis, que les uns m'accuseraient de les avoir trahis par ambition et pour régner seui sur M. de Richelieu, après avoir renversé Decazes, leur idole; que les autres me reprocheraient aussi de ne m'être rapproché d'eux que pour b-atisfaire ma haine contre le favori. Selon ma déplorable habitude, je «e fis rien pour éclairer le public sur les véritables motifs de ma conduite et je méritai, par mon indifférence, qu'il prit le change sur les intentions les plus pures et les plu« désintéressées qui aiefit jamais animé «ti bomme d'État.
<( La retraite de Decazes étant généralement regardée comme le signal de l'avènement des ultra-royalisles au pouvoir, il se répandit une inquiétude universelle. La rente lomba à 63 francs. Baring, Labouchère, Greffulhe, tous les banquiers intéressés dans l'emprunt, et quoiqu'ils fissent aussi peu de cas de Decazes «[«'ils avaient de haute estime pour M. de Rieheliea, tous commencèrent à trouver, et quelques-uns k dire, que depuis la retraite des étrangers M. de Richelieu était