SECONDE AUDIENCE DE LOUIS XVIII
dessein sur la popularité du favori. A mesure que je parlais, le visage de Louis XVIIl s'épanouissait davantage.
« Vous me faites plaisir, me dit-il, en rendant justice à Decazes, car vous savez combien je l'aime, mais tout ne serait pa:i perdu s'il se mettait de côté momentanément, il est jeune et serait là pour revenir dès qu'on le rappellerait. Ce n'est pas lui qui nous quitte, c'est le terrain qui manque sous ses pas. Point de ministère, point de ministre. Le ministère de la Police n'a-t-il pas de fait cessé d'exister? »
«' Ce peu de paroles du Roi renfermait en abrégé toutes les prétentions et tous les projets de Decazes. Louis XVIII ne fit en un mot que répéter avec moi la leçon que son favori lui avait faite.
« Comme je remontais dans ma voiture, je vis accourir un valet de pied que m'envoyait M"'* Mole, pour me dire que M. de Richelieu m'attendait chez moi et montrait une grande impatience du me voir. En effet, il se précipita à la porte de mon cabinet en m'enlendant venir et se jetant dans mes bras les yeux pleins de larmes :
(( Quand on a eu, me dit-il, un tort avec son ami> on n'a pas de repos qu'on ne l'ait réparé; Je ne sais où j'avais l'esprit ce matin, continua-l-il sans me laisser répondre; est-ce bien moi qui puisse avoir des secrets pour vous ! J'ai répondu machinalement gtiil attende! sans penser que c'élait vous et seulement impatienté d'être interrompu. Je inéritequelque indulgence, ce jour est le plus malheureux de ma vie. 11 faut que je demande aux étrangers de revenir sur un traité que j'ai eu tant de peine à leur faire signer! Voilà cette lleur de loyauté et de droiture qui faisait tout mon mérite flétrie et perdue »