CONSEIL DE CABINET
dit de revenir le voir le mardi. J'entrai chez son pèro que je trouvai seul dans son cabinet. Jamais ce prince ne m'avait reçu avec une pareille effusion, avec tanl de bienveillance, je dirai presque de tendresse. Il ne voyait plus en moi que l'antagoniste de Decazes qu'il détestait. 11 me protesta naïvement que lui et ses amis deviendraient tous ministériels, si le ministère no proposait que des lois monarchiques, ce qui voulait dire des lois telles que le côté droit lui-même les aurait présentées.
« Nous devions avoir à trois heures chez notre président ce conseil depuis si longtemps annoncé, promis, attendu, ce conseil prétendu définitif, dans lequel chacun s'expliquerait et après lequel les destinées du ministère seraient enfin fixées. Il s'ouvrit, il est vrai, avec un peu plus de gravité que de coutume. Pasquier eut le premier la parole. Je crus d'abord qu'il remonterait jusqu'au déluge, lant il reprit les choses de loin. L'exposition qu'il fit de l'état de la France, de l'opinion publique et des chambres ne manquait pas de justesse, mais si l'on raisonne avec son esprit, on conclut toujours avec son caractère. Pasquier, au lieu de proposer aucun parti décisif, termina son discours en formant des vœux ardents pour que le ministère put s'en tirer sans rien faire et surtout sans perdre un seul de ses amis. Ce qui ressortait de ses paroles, c'est que le côté gauche l'épouvantait et qu'il n'osait, à cause de sa vie passée, se confier au côté droit vers lequel il se sentait d'ailleurs attiré.
« Le duc de Richelieu, après lui avoir répondu quelques mots qui tendaient tous à établir la nécessité de se rapprocher du côté droit, me donna la parole. Je fis à mon tour le tableau de n«>tre situation. J'en rejetai tous les inconvénients et les dangers sur celte