‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 79 sur 232 · SUR LA SITUATION MINISTERIELLE · texte numérisé non relu

SUR LA SITUATION MINISTERIELLE

manière de gouverner qui ne s'appuyait sur aucun principe fixe et qui consistait à opposer les uns aux autres les intérêts, les prétentions et les partis. « Les esprits, ajoutai-je, s'irritent, s'indignent, s'exaspèr*înt et le moment n'est pas éloigné où il faudra choisir entre la contre-révolution complète et une troisième expulsion des Bourbons. Je n'aperçois nulle part les hommes, les vertus, les talents qu'il faudrait pour échapper à celte fatale alternative. Du moins, je ne coopérerai jamais au triomphe de l'un des deux partis, mais puisque toutes les fautes commises nous obligent à céder la place, ma conscience me dit qu'il vau4, mieux encore laisser le parti que l'Europe appuie de ses baïonnettes arriver au pouvoir, que d'exposer la France à une troisième invasion, au partage de sou territoire et à toutes les horreurs d'une révolution nouvelle. Essayez donc, continuai-je en m'adressant à M. de Richelieu, essayez de gouverner avec cette nouvelle majorité qui s'offre à vous et les nouveaux collègues que vous devez choisir dans son sein. Comptez sur le concours de mes faibles efforts à la chambre des pairs toules les fois que j'y serai de votre avis, et sur mon silence quand j'y serai d'une opinion contraire. »

« Le maréchal Gouvion parla après moi et finit par ce peu de mots que j'écrivis à mesure qu'il les prononçait. « En résumé, tous nos maux ont pris leur source dans la réaclion de 1813. Il faut rassurer la Nation en lui prodiguant toutes les garanties qu'elle réclame, se lancer franchement dans le torrent libéral en se réservant de suspendre la Charte et de lui substituer les baïonnettes, si l'on abusait de nos concessions et qu'on voulût nous enl rainer. »

« M. Laine resta fort au-dessous de son sujet et ne fit que répondre indirectement et avec amertume aux

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reproches que Decazes ne cessait de lui «.dresser sur la manière dont il avait conduit les élections.

« M. Roy répéta en grande partie ce que j'avais dit, ajoutant qu'il ae voyait de salut que dans le renouvellement quinquennal et les lois libérales que j'avaisindiquées dans mon mémoire^ Il finit en professant la plus grande répugnance poar iniii rapprochement avac la droite.

(( l.»e favori n'avait encore rien dit et tous les; regards étaient fixés sur lui. D'un air ennuyé et distrait^ il n'avait cessé, pendant que nous parlions> d'écrire des listes de députés qu'il classait peur nuance d'opinion. Son tour étant venu^ilprit noncbalammeat la parole : chaque mot qui sortait de sa bouche prouvait que soii parti était pris de se mettre à la tête du côté gauche, « Le danger a.ctuel, nous dit-il, ne me paraît pas aussi grand qu'à vous. Le remède est facile, il est dans le» garanties et les institutions que la Natiion «temande depuis si longtemps. Il faut les donner toutes; peutêtre alors obtiendra-t-on le renouvellement quinquennal du côté ga.uclie loi-mème. Dans tous les cas je ne redoute pas les prochaines élections, si elles sont autrement préparées et dirigées qu'elles lue l'ont été jusqu'ici. >» Decazes parla plus longuement encore qu'à sou ordinaire, il nous fatigua tous et six heures et demie étant renues à sonner, om se sépara.

«: J'étais pressé de connaître Teffet de cette séance sur M. de Richelieu. Je retournai chez lut vers la Qn de la soirée et il me parut eufin ne plus hésiter. Regardant sa rupture avec Decazes comme inévitable, il cherchait k composer une administration nouvelle et conservait le ministère de la police qu'il destinait à M. de Tournon, alors préfet de Bordeaux. Il remplaçait le maréchal Gouvion par le maréchal Macdonald et

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