‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 83 sur 232 · UNE AUDIENCE DU DUC D ANGOULEME · texte numérisé non relu

UNE AUDIENCE DU DUC D ANGOULEME

pour nous empêcher de prendre un parti décisif et il y parvint.

(( Le mardi 13, à onze heures, je me rendis chez M. le duc d'Angouleme et j'eus avec lui une heure d'entretien, II voulut que je lui fisse l'histoire de nos divisions et lui ptrlassentà cœur ouvert sur la crise où se trouvait le ministère. Je savais que Decazis le voyait souvent et ch 'rchait à s'emparer de l'esprit de ce prince. Je n'opposai aux insinuations qu'on avait pu lui faire contre moi que la plus parfaite franchise. Il m'écoula patiemment et attentivement, puis me dit :

« Rien ne saurait m'engager à me mêler de vos affaires, je ne dirai mon avis qu'au Roi et encore s'il me le demande. Si je changeais de rôle et que je fusse Roi, j'entendrais que mon neveu se conduisit ainsi. On est d'ailleurs trop heureux de n'avoir pas de responsabilité à prendre dans des circonstances aussi délicates. Cependant croyez que, si cela me regardait, je n'hésiterais pas. »

« Du reste, le duc d'Angoulême me parut être sans prévention, ni pour, ni contre le favori et le juger avec bon sens et même indépendance. Il m'apprit que Decazes avait eu la vanité de lui dire que la r.nte baisserait de dix francs au moins s'il se retirait. Decazes, dont l'indiscrétion n'a jamais de bornes, lui avait au.ssi développé son plan d'un ministère provisoire ou postiche auquel il se préparait à succéder.

« En quittant le prince, je fus chez le duc de Richelieu, où était Laine. Nous convînmes de nouveau d'envoyer nos démissions au Roi le lendemain soir et nous nous promîmes qu'une fois données rien ne nous ferait les reprendre. « En cédant la place à M. Decazes, dis-je à M. de Richelieu, Vous restez la seule espérance <le la patrie. » Poursuivant ce discours, M. Laine et

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