LAINE ET M. DE RICHELIEU
lignes ds moi, annon-^ant qu3ie crois la France prête à rentrer en révolntion, ferai3nt arriver de Sibérie deux cent mille Russes sur la frontière. La résolution de l'empereur Alexandre h cet égî'rd est d'autant plus forte qu'elle est soutenue par une grande exaltation religieuse. Il est exempt de l'ambition des conquêtes et met sa gloire à décider des destinées de l'Europe sans ajouter un pouce de terre à ses immenses Etats. »
« A trois heures, je fus chez D.'cazes. Je le trouvai plus aigre et plus amer que jamais, surtout pour le ducde Richelieu qu'il accusait de le livrera sesennemis. Il ne parlait que de se retirer au l^"" janvier en donnant pour prétexte la suppression de son ministère, et vantait la loyauté de ses elï'orts pour déterminer Roy, Gouvion et Pasquier a rester sans lui dans le ministère.
« A cinq heures, je retournai chez M. de Richelieu. Laine y entra en même temps que moi et me donna tout le spectacle de sa vanité et de son mobile caractère. Il brûlait, disait-il, de revenir simple député pour foudroyer du haut de la tribune Decazes et Royer- Collard. C'est ainsi qu'il parlait de ces deux hommes qu'il délestait, et dont le premier lui était aussi supérieur en intrigue que le second en raison, en esprit et en talent. Laine fit en ma présence de coupable*, efforts pour décourager le duc de Richelieu et lui persuader qu'il se dévouerait inutilement en reslant ministre plus longtemps. C'est alors que ce dernier lui fit celte réponse admirable :
« Je me ferais tout à l'heure couper un poing pour croire fermement que je puis en honneur et en conscience me retirer. Mais en mellanl la main sur mon cœur, ce qui m'a toujours réussi dans les grandes circonslauces de ma vie, j'ai senti quelque chose qui m'ordonnait de rester. »
LAI.N£BX M. DE RICHELIEU. ISo
<( Laine, que tout mouvement oratoire ou dramatique atteint toujours et pique d'honneur, promit alors au duc d'à leiidre la fin de la session pour donner sa démission. Depuis que le Roi avait annoncé à M. de Richelieu que le favori consentait à rester ministre d«' la Police ou qu'il se retirerait seul, personne parmi nous ne se croyait plus autorisé à partir. Mais je connaissais trop le favori, j'appréciais trop le discrédit où nous étions tombés, pour croire que ce replâtrage put durer longtemps.
« Quoi qu'il en fût, chaque côté cherchait «a m'attirer à lui. Je recevais à la fois desinsinualions et des ouvertures du pavillon de Mar>an et des chefs de la gauche tels que Manuel, qui me fit proposer une entrevue îi laquelle je me refusai. Des deux côlés, on me faisait dire que j'étais le seul membre du ministère avec lequel on put s'entendre, le seul qui inspirât quelque confiance comme homme d'État.