‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 90 sur 232 · Ici se terminent les mémoires rédigés du comte Mole · texte numérisé non relu

Ici se terminent les mémoires rédigés du comte Mole

Richelieu. De là, cette rivalité où sombra le ministère et dans laquelle le ministre favori triompha. .

Vis-à-vis de l'opinion et des chambres, le ministère n'avait pas eu de situation nettement définie. N'ayant ni plan ni système, il louvoyait d'un parti à l'autre, sans s'appuyer sur une majorité bien délimitée. Les différents partis d'opposition, qui n'osaient pas s'attaquer au seul homme capable de hâter, aux meilleures conditions possibles, la libération du territoire, relevèrent la tête aussitôt après le départ des armées étrangères, et les opinions, devenues plus extrêmes et plus agressives, secouèrent une administration qui n'avait su ni les diriger, ni les réduire.

Le duc de Richelieu restera néanmoins une des grandes figures de notre histoire. Poussé au pouvoir par les circonstances et non par son ambition ou ses goûts personnels, il n'avait accepté cette lourde tâche que par dévouement au Roi et au pays. Dans sa dernière entrevue avec Louis XVIII avant son départ pour Aix-la-Chapelle, le Roi lui avait dit :

« M. de Richelieu, faites toute espèce de sacrifices pour obtenir la libération du territoire, c'est là la première condition de notre indépendance ; il ne doit y avoir que des drapeaux français en France... Obtenez les meilleures conditions possibles, mais à tout prix point d'étrangers. »

Quand le duc de Richelieu quitta le pouvoir, il n'y Avait plus que des drapeaux français en France. Sa tâche était terminée, et la récompense nationale, que, non sans peine, lui votèrent les chambres, fut peu de chose en regard du service immense qu'il avait rendu à son pays.

Louis XVIIl, qui ne voulait pas être taxé d'ingratitude, disait souvent : « Si je n'avais consulté que mon

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propre sentiment, j'aurais désiré que le comte Decazes, unissant comme il l'a toujours fait, son sort à celui du duc de Richelieu, sortit du ministère avec lui, mais si le duc de Richelieu en sortait, ce n'était pas parce qu'il préférait le repos, mais parce que la vie ministérielle était éteinte en lui. »

Sous l'administration de M. de Richelieu, d'importants résultats avaient été obtenus. Pasquier, en supprimant les cours prévôlales, avait rendu à la justice sa marche habituelle et sa forme légale. Laine avait rétabli la paix religieuse et contribué à d'utiles créations philanthropiques. Grâce à Corvetto, la situation financière avait été assainie et les paiements aux Alliés assurés ; le maréchal Gouvion Saint-Cyr avait attaché son nom à la réorganisation de l'armée.

L'administration deM. Moléau ministère de la Marine avait été marquée par des actes nombreux. Il avait fait pour la Marine ce que le maréchal Gouvion Saint-Cyr avait fait pour l'armée. Il avait reconstitué le corps des officiers en mettant à la retraite les vieilles incapacités rappelées sous M. Du Bouchage, et fait adopter des ordonnances sur le mode de recrutement et sur le nombre des équipages. Il porta dans l'accomplissement de ses fonctions son caractère juste et ferme, que le duc d'Angoulême, grand-amiral, se plut lui-même à reconnaître malgré ses préventions contre lui.

M. Mole abandonnait sans regret le pouvoir. Rebuté par les obstacles qui avaient souvent entravé la marche de son administration, il abandonna avec sérénité la « galère ministérielle », où ne le retenait plus son amitié pour M. de Richelieu.

« Le 1" de l'an 1819, écrit-il, je n'étais plus ministre, je croyais bien ne le redevenir jamais, je dirai même, et dussè-je en scandaliser plus d'un

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