‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 2)Chapitre 93 sur 232 · LE COMTE MOLE REINTRE · texte numérisé non relu

LE COMTE MOLE REINTRE

« Au second retour des Bourbons, ces princes me semblaient tellement dominés par les circonstances, que je, n'imaginais pas une chance plus belle pour assurer à la France ces institutions et cette sage liberté, objet de tous mes vœux et conséquence de mes opinions politiques. Non seulement je me rapprochai alors des affaires, mais je le fis avec un cœur et des espérances que je n'avais point eus jusque-là.

« Au i^*" janvier 1819, j'avais perdu tout cela. L'avènement de la droite au pouvoir, c'est-à-dire des intérêts et des opinions contre-révolutionnaires, était à mes yeux inévitable, et ce triomphe d'un moment devait être suivi d'une révolution peut-être aussi terrible que la première, du moins je n'en doutais pas.

(< Tput me reportait donc vers la vie privée et je trouvais de secrètes délices à considérer l'avenir comme un perpétuel loisir. En première ligne, j'y faisais entrer l'éducation de mes filles, pour lesquelles ma tendresse allait toujours croissant. Je me promettais de les élever non pas seulement en père, mais aussi comme une mère, et les habitudes de M'"' Mole n'apportaient pas le moindre obslacle à ce dessein. Rousseau, dans son Emile, parle avec orgueil de l'entreprise de former un homme ; on n'imagine pas tout ce que je me complaisais d'avance dans la tâche plus rare et mille fois plus douce de réaliser dans mes deux filles le type féminin selon l'idée que je m'en étais forméi A cela se joignaient la continuation de mes mémoires dont je me promettais toute la douceur d'un perpétuel épanchement, enfin de longues études, de nombreuses lectures, et quelques velléités de tribune, que je comptais bien ne pas me refuser dans l'occasion. Ma santé était moins mauvaise, ma disposition plus sereine, bien qu'il me restât une vive rancune contre

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