DECAZES ET. LA PRESSE
chancelier de la Légion d'Honneur et il s'était mis sur le pied de travailler directement avec le Roi en secouant toute dépendance du ministre de l'Intérieur et du président du Conseil.
« Laine le déplorait, en murmurant, mais n'osait rien entreprendre pour rentrer dans ses attributions. Decazes, qui se sentait plus fort, voulut qu'on essayât de remettre le chancelier de la Légion d'Honneur à sa place. Il fut convenu que Mac Donald serait mandé au conseil chez M. de Richelieu, sous prétexte d'examiner son budget et que là, avec tous les ménagements imaginables, on lui tracerait le cercle de ses pouvoirs. Mac Donald arriva la tête haute, le nez en l'air selon sa coutume, puis il fut si ennuyeux et si bavard, nous accabla tellement de détails et de minuties que bientôt il se joignit à la crainte de le mécontenter la crainte bien plus vive de le retenir. M. de Richelieu, Decazes et Pasquier qui ne surent jamais s'ennuyer étaient si pressés de le voir partir, qu'ils ne lui demandèrent plus rien et les choses en restèrent là.
« Decazes ne faisait pas un usage plus éclairé ni plus ferme du pouvoir, que ces lois sur la presse arrachées avec tant de peine avaient, remis entre ses mains. Frappant sans règles, et selon sa colère, tantôt les feuilles ultras, tantôt les libérales, il laissait cependant pencher la balance en faveur de celles-ci. L'écrivain alors le plus à la mode parmi les royalistes était Fiévée. 11 fit saisir la onzième et dernière partie de sa Correspondance administrative, l'un des pamphlets du temps qui obtint le plus de succès et fit le plus de bruit. Fiévée voulut me voir, il m'écrivit pour me le demander en me rappelant mes anciens rapports avec lui. Notre entretien fut curieux et prolongé. J'eus bien plus à écouter qu'à répondre. Fiévée ne voulait