SERVICES RENDUS
tauration, il continua de servir et obtint même de l'avancement ; mais rien ne put l'arracher à l'usage des liqueurs fortes, et à peine en avait-il bu une petite quantité qu'il devenait furieux et capable de tout. Dans cet état, il jouait, perdait, faisait des dettes que son père avait payées plusieurs fois. Enfin des duels multipliés, des valets assommés, des fautes et des désordres de toute espèce le firent renvoyer du service. J'étais au conseil quand le ministre de la Guerre proposa au Roi sa destitution. Le père, qui lui avait enfin retiré son affection et son appui, tremblait qu'il s'avisât de prendre son nom et me supplia de le faire sortir du continent. Le jeune homme lui-même vint me voir et se jeta dans mes bras. Il m'avoua ses fautes et me peignit avec originalité et énergie la violence des transports dont il se sentait saisi quelquefois. On eût dit des accès auxquels son organisation le rendait sujet; il déplorait avec une ingénuité touchante cette organisation dont il accusait la nature et me révélait tous les secrets. Enfin il m'appelait son second père et me conjurait de l'envoyer dans un autre hémisphère commencer une nouvelle vie. Je le fis passer à Pondichéry en le recommandant au bonhomme Dupuis, notre gouverneur, qui ne tarda pas à l'aimer comme son enfant. Mais je sus bientôt qu'il trahissait toutes ses promesses et que Dupuis et moi nous avions été dupés tour à tour de sa jeunesse, de ses larmes et de son heureuse figure.
« L'affaire dont j'eus le plus à m'occuper durant mon court ministère, celle à laquelle je me livrai avec le plus de zèle, de suite et d'ardeur, fut la répression de la traite. Je crois avoir été, en France, le premier ministre de la Marine qui ait voulu et poursuivi franchement l'extinction de ce trafic barbare. La