INTERVENTION DE LORD CASTLEREAGH
à l'ile Maurice que dans les nôtres. Alors il me sonda sur une proposition que je rejetai très loin aux premiers mots qui me la firent entrevoir : l'Espagne, le Portugal, et même les Américains avaient consenti au droit de visite mutuelle, c'est-k-dire que tout bâtiment de l'une de ces trois nations, s'il était soupçonné de faire la traite, pouvait être visité par le premier vaisseau anglais qu'il rencontrerait ; les Anglais se soumettaient réciproquement à la même surveillance. Je n'hésitai pas à déclarer à Castlereagh que je ne souscrirais jamais pour la France à une convention de cette espèce.
<( Elle ne cesserait, lui dis-je, d'être humiliante, que si nous partagions avec vous l'empire des mers. Mais qui nous répondra que vous n'abuserez de ce droit de visite et que vous nous laisserez en user sur le même pied que vous. Notre commerce en concevrait de justes alarmes. Vous êtes trop forts, nous trop faibles, bref nous aurions l'air de recevoir la loi. »
(( Il me montra beaucoup de chagrin de mon langage et m'avoua que le ministère, dont il était un des principaux membres, risquait de perdre de son influence parlementaire s'il échouait dans cette négociation avec nous. Aidé de Sir Charles Stuart, il renouvela ses instances auprès de M. de Richelieu, que je trouvai très ébranlé et ne comprenant pas comment la politique et la dignité de la France se trouvaient ici intéressées à la fois. Partagé entre les arguments de Lord Castlereagh et les raisonnements de ses collègues qu'il trouvait unanimes, peut-être pour la première fois, M. de Richelieu voulut faire prononcer le Roi lui-même et s'appuyer au moins vis-k-vis du ministre anglais d'une décision solennelle. La question fut donc débattue dans un conseil que Louis XVIII