POUR M. MOLE
saient pour bouleverser ia résolution des ministres. Decazes me reçut avec une effusion qui me surprit, mais dont il me donna bientôt lui-même le secret. « Le Roi, me dit-il, a daigné penser que vos Ponts et (Chaussées iraient parfaitement à mon frère, si vous les quittiez; cela ferait mon bonheur, mais je crains l'envie, dites-moi avec franchise ce que vous en pensez. » Répondre avec franchise n'était pas facile, aussi m'en dispensai-je. « Au reste, continua-t-il, j'ai déclaré au Roi que je ne pouvais davantage rester en place avec Clarke, le duc de Richelieu persiste à le soutenir, il faut que vous nous aidiez à vaincre sa résistance; quant au ministère de la Maison, jamais le le Roi ne le donnera et il ne nous reste qu'à le supprimer. »
« Je passai du cabinet de Decazes dans celui de M. de Richelieu, que je trouvai rêvant un bien autre projet. En me parlant de l'évacuation prochaine du territoire, il m'annonça l'intentioa où il était de se retirer à cette époque et me désigna pour lui succéder... certes on ne devinerait jamais qui, si je ne le disai.s... Caraman ! Je demeurai confondu, mais il me fut d'autant plus facile de cacher ma surprise, que je me reposais sur Caraman lui-même pour faire passer au duc sa fantaisie et dissiper son engouement. Je laissai donc tomber ce propos comme si je ne l'avais pas même remarqué et je me mis à lui parler du ministre de la Guerre; il me parut aussi pénétré de la nécessité de sa retraite, que personnellement et douloureusement affecté d'être obligé d'y consentir. Je le connaissais trop bien pour ne pas reconnaître ici à des signes certains qu'il croyait sa conscience engagée à le défendre; je sentais aussi, qu'il y avait au fond de cette affaire un secret qu'il ne me disait pas ; en eff«'t.