LES JOURNAUX
comme Donadieu l'un des coryphées du parti monarchique et religieux. Mounier le remplaça.
« Mounier, comme on se rappelle, après avoir été secrétaire du cabinet de Napoléon, avait suivi au 20 mars le Roi à Gand. Les événements, qui modifient les opinions et les sentiments des hommes, l'avaient rendu royaliste bourbonien; cependant, il conservait de sa première éducation de l'éloignement de la religion catholique, de fortes préventions contre son clergé, du penchant pour les formes anglo-constitutionnelles et même pour la liberté. Sa nouvelle place allait lui donner de fréquents rapports avec le duc de liichelieu qui ne l'avait choisi que sur sa juste réputation de probité et sur la recommandation de Decazes et la mienne. Laine ne le connaissait pas et s'était laissé prévenir contre lui. Je m'étais flatté, en plaçant si près de M. de Richelieu un homme d'un caractère sur, d'un esprit éclairé, d'en retirer un jour quelque appui, d'autant que Mounier n'aimait pas l'intrigue, avait une ambition modérée et appréciait Decazes à sa juste valeur.
« Ce dernier redoublait d'efforts pour agir sur l'esprit public au moyen des journaux et brochures qu'il faisait rédiger. Mais son Journal des Maires composé par son affranchi Mirbel n'était lu de personne, pas même de ceux qui le recevaient gratis et le Publiciste n'avait que bien rarement un article qui le fit remarquer. Ce Publiciste était même si peu connu, que Decazes fut obligé de faire copier par le Moniteur un article concerté avec le ministère sur les négociations de la France avec les alliés pour que cet article ne restât pas entièrement ignoré du public. Les doctrinaires aussi voulurent avoir leur organe et Guizot, aidé de quelques autres initiés, entreprit les Annales politi-
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ques qui paraissaient, je crois, toutes les semaines ou quinzaines et ne parurent bientôt plus du tout. Go n'est pas qu'il n'y eût parfois des articles de Guizot dignes d'un excellent livre, mais tout bon doctrinaire ne se rabaisse jamais jusqu'à plaire ou h amuser. Guizot publia entre autres un article sur les dangers de l'esprit militaire en France, qui était bien ce qu'on écrira jamais sur cet important sujet de plus judicieux. Mais il y gagna de se faire prendre en horreur par le parti par lequel il voulait alors se faire appuyer : telle est l'adresse d'un doctrinaire.
« Les journaux étaient loin d'avoir alors en Angleterre la même importance qu'en France. C'est ce qu'on ne savait pas assez dans ce dernier pays. Le Courrier de Londres, dans lequel le public français s'obstina à chercher la pensée du ministère britannique, inséra un morceau de politique où il était dit que dans les délibérations solennelles du futur congrès, les gouvernements représentatifs seraient considérés comm^. un essai. xVussitôt, grande rumeur à Paris ; déjà l'opposition s'emparait de ces paroles pour en accabler le ministère et faire ressortir l'insolence d'un tel langage. Nous devions répondre et en même temps it ne fallait pas choquer ces cabinets au joug desquels on voulait échapper. Le Moniteur était trop officiel pour qu'on osât l'opposer au Couirier anglais. On eut donc recours au Journal des Débats qui répondit aux journalistes de Londres et le Moniteur se contenta de répéter le Journal des Débats. Au reste Lord Wellington lui-même blâmait l'article du Courrier. Peu de jours après il donna encore un grand bal oi^i toute la Cour assista et il partit pour Londres.
« Je ne saurais trop souvent rappeler que ce n'est point un livre que j'écris, mais bien mes impressions