LES MEMOIRES DE LALZLN. . 2Ï
journalières, ma vie que je raconte. Quoiqu'il me restât bien peu de temps pour la lecture, je ne laissais passer aucun ouvrage de quelque intérêt sans le lire avec soin. 11 en parut deux à peu de distance : les Mémoires de Laiizun et la Correspondance de M^^d'Éjnn'iy. M. de Talleyrand, comme ami et complice de Lauzun, se crut obligé de désavouer l'authenticité de ces^ mémoires dans le Moniteur; il ne persuada personne et le public ne vit dans son désaveu qu'un trait de plus d'hypocrisie. Du reste je connaissais depuis longtemps et je possédais en manuscrit ce plat écrit qite Napoléon avait empêché de paraître plusieurs fois. L'Empereur crut devoir ce ménagement à la mémoire de femmes dont les familles composaient la cour et il eut à vaincre la résistance de Real et surtout celle du directeur de la librairie, Pommereul. Ce dernier, dans son cynique langage, s'écria au conseil à côté de moi : « Quel dommage que l'Empereur ne veuille pas que ces mémoires paraissent!... C'était un bon pot de chambre de plus à vider sur la tète de la noblesse. » Une chose singulière, c'est que Napoléon céda à une pudeur que n'éprouvaient pas au même degré la plupart des intéressés eux-mêmes. Pour ceux nés dans un certain rang, l'élégance et la politesse couvrent tout, tandis que dans les classes où Napoléon avait passé sa vie, le vice est toujours le vice et une princesse très galante ne vaut guère plus qu'une prostituée. Ceci explique que sous le règne de Louis XVllI les Mémoires de Laiizim aient paru sans exciter plus de sensation. La Cour donnait de nouveau le ton et elle s'en scandalisa bien moins que n'auraient fait les parvenus qui entouraient Napoléon.
« Il n'en fut pas de même de la correspondance de