L EMPRUNT
encore plus au cœur. Je voulais qu'on se liât les mains de manière qu'il lui fût impossible d'en faire pour les dépenses ordinaires, et lui, charmé de la facilité de cette ressource, prétendait se la réserver pour étendre sans mesure ses moyens de corruption et subvenir aux dépenses sans bornes oij il aurait jeté l'État, lorsqu'il serait parvenu à se rendre maître du ministère.
(( Tel était notre état intérieur et les causes de dissolution que renfermait notre sein. Quoi qu'il en fût, le Moniteur et les petits journaux payés par Decazes célébraient nos succès dans de longs commentaires de la session. Sur les 24 millions de crédits ouverts, 14 millions 600 000 francs de rente furent d'abord négocier au prix de 66, 50 et le Moniteur annonça que les soumissionnaires français ayant absorbé la totalité de ce premier emprunt, le gouvernement regrettait de n'avoir pu y admettre les étrangers. En effet, la distribution s'était faite en conseil chez M. de Richelieu, l'empressement était si grand que les souscriptions s'élevaient à 160 millions de rente. Corvetto apporta au conseil l'énorme liste des souscripteurs, et pendant deux ou trois matinées nous fûmes occupés à rayer ou admettre des noms. Je ne participai point à ce travail qui me paraissait absurde comme le mode en luimême. Decazes y présidait et toujours dans le but d'influer sur les élections, donnant de l'emprunt aux électeurs sur lesquels il comptait, et en refusant aux autres.
<( Peu de jours après, le surplus des 24 millions fut donné aux maisons Hope et Baring qui s'adjoignirent prudemment les banquiers français et en particulier ceux de l'opposition, tels que Delessert et Laffitte. La rente monta en peu de jours à 74 et bientôt après à 80 francs. Laffitte, craignant que sa popularité ne