LE MARIAGE DE DECAZES
souffrit d'un aussi monstrueux bénéfice, écrivit à Corvetto qu'il avait proposé à Baring de résilier son traité et de fixer le taux de l'emprunt à 72. Il lui envoyait copie de sa lettre à Baring, où pourtant il reprochait à ce dernier de ne lui avoir pas donné une assez forte portion dans l'emprunt et terminait en disant qu'il renoncerait, dans tous les cas, pour sa part à des profits qui lui paraîtraient excéder les bornes légitimes. Baring ne tint aucun compte de la lettre de Laffitte, Corvetto non plus, et Laffitte luimême non plus, car l'emprunt monta toujours et il garda ses bénéfices.
(( C'est alors que j'appris le mariage de Decazes et d'une manière qui me donna bien la mesure de ma position vis-à-vis de lui; avant qu'il n'eût conçu de moi aucun ombrage, Decazes m'avait souvent parlé de ses projets d'établissement. Il croyait n'avoir qu'à choisir et laisser tomber le mouchoir. L'air d'assurance et de fatuité avec lequel il balançait en ma présence entre M"^de Montmorency ou M"® Destillères, M"® de Bauvau ou M"^ Laffitte ne s'effacera pas de mon souvenir. Ce n'est pas qu'il eût reçu aucune proposition des familles, jamais du moins je n'en ai rien appris, mais Decazes ne doutait pas qu'on ne fût trop heureux de s'allier avec lui. Napoléon hésitant entre la sœur de l'empereur de Russie et une archiduchesse d'Autriche ne se croyait pas plus certain de se voir accepter sa main *. Quel fut mon étonnement d'apprendre par le bruit public qu'après tant d'incerlitudes, il
1. Un jour Pozzo me dit ces paroles, auxquelles je ne me permettrais pas de changer une syllabe : « Voici une chose que je n'ai confiée à personne et que je dépose dans votre sein ; Decazes a poussé l'enivrement de la fortune jusqu'à me dire : « J'' ne veux pas épouser Af"* de Rohan, quant à.V"* d'Orléans, dont on me parle, elle est trop vieille et trop laide. »