MEDITATIONS
p!)int soiiies de ma bouche, ce n'est pas de ma faute si on me fait parler. »
« Pozzo sert parfois ses amis avec plus de chaleur que d'adresse; il connaissait trop bien M. de Richelieu pour ignorer qu'on n'emporte rien sur lui de haute lutte, qu'il aurait de l'humeur de se lever de table, et qu'il hait d'être poussé dans ses derniers retranchements; tant et de si vives instances lui avaient fait, vis-à-vis de lui-même, un point d'honneur de ne point céder; il n'y eut pas jusqu'à Pasquier qui ne voulût aussi fournir sa charge, et qui n'insinuât au duc qu'il m'avait mis dans l'embarras: pour avoir la clé de toutes ces petites scènes qu'on faisait essuyer à M. de Richelieu, toujours contre mon gré et quelquefois à mon insu, il faut se rappeler que mon entrée au ministère était devenue une question de parti. Le *«oir de ce même jour, je le rencontrai chez Greffulhe et chez l'ambassadeur d'Angleterre, il m'y rechercha, me poursuivit même, quoique je l'évitasse et enfin m'aborda d'un air aussi affectueux qu'embarrassé.
« Rien de tout cela n'effleurait mon âme, rien ne pouvait la distraire du chagrin qui la consumait ou plutôt la relever du dégoût de la vie, dont elle était atteinte; je n'aimais plus, je ne pouvais plus aimer, et jamais je n'avais pu donner un autre but à l'existence. Je retournai au Marais, où m'attiraient mes enfants, les seuls êtres pour lesquels je pusse encore me dévouer. Comme je partais, Pozzo reçut des dépêches de son maître, toutes favorables à notre affranchissement, et annonçant l'arrivée de Czernichef dans les Pays-Bas pour en faire renvoyer les Français bannis, qui inquiétaient le cabinet des Tuileries par leurs intrigues et les libelles dont ils inondaient la France.