CAUSERIE AVAÏST LE CONSEIL
et la faveur de Decazes comme fragiles, et les paroles qui lui échappaient à ce sujet ne manquaient pas de revenir au favori par sa police.
<( Je quittai le général de la Sainte- Alliance pour me rendre au conseil chez M. de Richelieu qui, retenu à la commission de liquidation, nous fit longtemps attendre. Nous nous trouvions rarement ainsi réunis et de loisir. Il en résulta jusqu'à l'arrivée de notre président une causerie ^ où quelques-uns de mes collègues ne laissèrent pas que de se montrer à moi sous un jour assez nouveau. Le grave Laine nous apprit qu'il était poète et que le culte des muses avait rempli ses plus belles années. Il fit même ce qu'il put pour que nous le pressassions de réciter une petite pièce sur le houx dont il paraissait très content. « J'ai été, ajouta-t-il, à Bordeaux, de la société du Vaudeville, mais les affaires ont étouffé en moi l'imagination et le don des vers. » Ce petit épanchement de Laine me rappela un autre homme d'affaires, un autre ministre, qui, bien plus homme d'affaires, bien plus ministre que lui, avait eu cette même faiblesse pour la petite littérature. J'avais vu M. Daru plus fier de ses déjeuners du Vaudeville, d'un badinage littéraire plein de mauvais goût, que de ses travaux à la Grande Armée ou même de sa traduction à' Horace.
« Après que ce dernier eut fini de nous parler de lui, Gouvion nous raconta la bataille de Novi à laquelle il était et la mort du général Joubert. Jamais on n'a parlé guerre comme ce maréchal. J'aurais passé la journée entière à l'écouter. Les plus étrangers au métier, des femmes y prendraient plaisir tant son récit est clair, méthodique, sagement pittoresque et dégagé de toute superfluité. Il nous représenta ce Joubert, auquel on attribua dans le temps le projet de