MONSIEUR ET LE COMPLOT
« — Mais, Sire, répondis-je, cest tous les jours comme cela. »
« — Oh! bonne, s'écrie le Monarque en rougissant, oh! bonne, safis doute, aussi je voulais dire grande. »
« J'avais eu la malice, je l'avoue, d'embarrasser Louis XVIII en lui faisant craindre de n'avoir pas été assez obligeant pour son favori. On voit du reste qu'il mettait à se montrer instruit de ce que faisait Decazes jour par jour la même vanité ou le même prix qu'on met à se montrer informé de tout ce que fait une maîtresse. Le duc de Richelieu, que je pris à part pour l'amuser de ce petit récit, m'apprit sa nouvelle entrevue avec le colonel Berthier et que ce dernier l'avait convaincu de son innocence.
<( Cependant, les soupçons que les conspirateurs faisaient planer sur Monsieur et ses amis avaient vivement irrité ce prince. Il fallait toute la légèreté et l'imprévoyance de Decazes pour oublier que si la politique oblige à frapper quelquefois l'héritier du Trône lui-même, elle ne permetjamais de le menacer impunément. Je m'attendais à quelque éclat de la part de ce prince, et je savais que Laine avait mission du duc de Richelieu de travailler à l'apaiser. L'austérité de Laine ne le garantissait pas de tirer quelque vanité de ses relations confidentielles et mystérieuses avec le pavillon de Marsan ; jamais il ne nous en parlait et rendait seulement compte à notre président du résultat de ses efforts. Mais les choses en vinrent au point qu'il devint indispensable d'en entretenir le conseil. Le lundi 6, M. de Richelieu écrivit à tous ses collègues que le conseil au lieu de se réunir à une heure, ne commencerait qu'à trois. Ma curiosité éveillée par ce dérangement, je fus exact et je vis arriver en même temps que moi, dans la même voiture, le duc, Laine
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et Decazes. Leurs physionomies étaient troublées ; on s'assit en silence et aussitôt M. de Richelieu satisfit l'attente générale par le récit suivant :
« Les soupçons, que la poursuite du complot font peser sur Monsieur et surtout sur ses amis, l'ont tellement blessé que je craignais chaque jour de le voir se porter à quelque extrémité. Hier il me manda de me trouver chez lui ce matin à une heure avec Laine et M. Decazes ; M. Laine et moi nous arrivâmes les premiers. En voyant entrer M. Decazes, Monsieur tira sa montre et s'écria : « // est une heure partout! » Nous le suivîmes au travers de la double haie de ses gardes du corps et de ceux du Roi qui nous lançaient des regards dont l'expression n'était pas équivoque. Monsieur nous conduisit ainsi jusque dans le cabinet de son frère qu'il avait prévenu la veille de cette visite solennelle. Il déclara alors d'une voix forte et courroucée, quil exigeait que toits les voiles fussent soulevés et que l'instruction et la poursuite de la prétendue conspiration se fissent en toute rigueur; que si les dénonciations se trouvaient mensongères, il réclamerait à son tour le châtiment public de ceux qui les auraient faites et provoquées ; que si parmi les personnes dénoncées qui l'entouraient, il y en avait au contraire de convaincues, loin d'intercéder en leur faveur, il ferait éclater contre elles son indignation et sa colère. Là s'est terminé, continua le duc, ce coup de théâtre, évidemment suggéré à Monsieur par ses conseillers les plus compromis. »
« Le but invariable de toutes ces démarches et de tous ces efforts était de fatiguer ou d'effrayer assez Louis XVIII pour lui arracher son favori, ou du moins pour isoler ce dernier dans le conseil, en faisant renvoyer Gouvion, Pasquier et moi ainsi que Monsieur