‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 149 sur 204 · SUITE D INTRIGUES · texte numérisé non relu

SUITE D INTRIGUES

que j'étais le seul qui connût bien les intentions de M. de Richelieu et qui possédât véritablement sa confiance. Pasquier se préparait ainsi à rejeter sur moi toute l'impopularité de l'entrée d'un Corse émigré, devenu Russe, au ministère, si M. de Richelieu commettait la faute de l'y appeler et il n'eût pas été fâché de répondre, en attendant, que j'étais le seul à en donner au duc le conseil.

« Le vendredi, lorsque nous étions en séance, M. de Richelieu, se penchant à mon oreille, me confia que les témoins entendus dans la conspiration Canuel étant tous des agents publiquement ou secrètement salariés par la police, leurs dépositions lui semblaient terriblement suspectes. Il fit part ensuite au conseil d'une lettre de Caraman annonçant que le prince de Metternich lui avait dit que. la note secrète de Vitrolles était arrivée au cabinet de Vienne signée de son auteur par l'intermédiaire du prince Louis de Rohan. Une semblable révélation était faite pour calmer les scrupules que nous aurions pu conserver de la destitution de ce traître.

« Le lundi 3 août, Pasquier m'avertit qu'il allait nous soumettre son travail sur le personnel du Conseil d'État, attendu depuis si longtemps. Il l'avait secrètement concerté avec Decazes et me priait de le défendre au besoin contre les objections de M. de Richelieu et de Laine, qui ne manqueraient pas d'attaquer ce qu'il y aurait de concessions aux libéraux et de rigueurs contre leurs adversaires. Mais, sur l'avis que je lui en donnai, il aima mieux attendre que Corvetto, malade et absent, fût de retour. Decazes me prit à part à son tour pour me montrer un billet de Chateaubriand à Monsieur, surpris par sa police et dans lequel il demandait à ce prince de lui soumettre le manuscrit

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