LES AFFAIRES DE ROME
d'une brochure qu'il était sur le point de livrer à l'impression et qu'il croyait de nature à produire un grand effet. « Je voudrais, ajouta Decazes, que la brochure parût avec l'approbation de Monsieur pour prouver à M. de Richelieu combien Monsieur le trompe, quand il a l'air de vouloir se rapprocher du ministère ; j'en ai encore eu une longue audience hier soir et jamais je ne l'ai trouvé plus loin de s'entendre avec nous. » Tout en disant cela, Decazes, chose admirable, se ménageait auprès de Monsieur avec autant de soin qu'il en mettait à se faire valoir auprès des libéraux.
<( Je saisis cette occasion de luiparler franchement de sa position sous ce double rapport. Je pensais, et je lui dis, que son crédit sur le Roi le rendait nécessaire aux deux partis, qu'il pouvait les obliger ainsi à transiger et amener Monsieur lui-même à accepter sincèrement des institutions, qui rassureraient suffisamment la nation contre l'usage qu'il ferait un jour du souverain pouvoir. (( Vous tenez de votre position, lui ajoutai-je, de pouvoir seul consommer la Restauration et la réconciliation de la France avec l'ancienne Dynastie. » J'avais souvent ouvert cette vue à M. de Richelieu qui en fut si frappé qu'il ne cessait de me répéter depuis quelque temps : « M. Decazes peut seul sauve?' Monsieur en V arrachant à son parti. » Je dis encore au favori que telle était l'opinion du duc, mais il n'avait ni l'âme assez haute, ni l'esprit assez délié pour viser et arriver à un pareil but.
« Ce conseil fut consacré aux affaires de Rome. Portails nous écrivait qu'il avait eu une longue conférence avec le cardinal Consalvi dans laquelle ce dernier lui avait répété que le Saint Père et le Sacré Collège, après avoir refusé si longtemps d'annuler le Concordat de 1801 pour revenir à celui de Léon X, auquel ils ne pensaient