DECAZES MALADE
comme lui, mettait tout à l'encan dans le ministère de son beau-père et amassait à son insu une fortune scandaleuse.
« Je ne voulus cependant pas quitter Decazes sans lui dire un mot de mes velléités d'ambassade; mais il s'y montra très opposé; à cette époque, il croyait encore ne pouvoir se passer de moi auprès du duc; il chercha donc à me dégoûter de l'Italie, en me représentant toutes les ambassades dans cette contrée comme autant de culs-de-sac. « Il n'y aurait que l'Angleterre, me dit-il en finissant, qui pourrait vous convenir, mais comment en faire revenir le marquis d'Osmont? »
« Du reste cette visite me donna le spectacle des mœurs du favoritisme bourgeois dans tout leur luxe. Decazes était étendu sur un sofa entouré de coussins sur lesquels sa tète et ses deux bras reposaient ; un médecin, remplissant les fonctions de médecin ordinaire, se tenait toujours .auprès du malade ou dans la pièce voisine : trois fois par jour, le docteur Gall, dirigeant le traitement, venait faire son inspection. La jolie M""® Princeteau et un essaim de cousines, dont la plus âgée avait vingt ans, se relayaient comme gardesmalades et venaient de temps en temps baiser le front de leur trère et de leur cousin; je remarquai sur le guéridon placé près du sofa trois lettres et deux billets de la main du Roi. « Ils sont tous les cinq d'aujourd'hui, me dit Decazes. Mes forces me permettent à peine de répondre à ces messages si fréquents que je reçois de Saint-Cloud. » Il n'avait loué sa maison que pour être plus près du monarque tout le temps que durerait le voyage de la Cour. Dans ses longues promenades en calèche, le Roi, soit en allant, soit en revenant, passait toujours à Villeneuve-l'Etang, et se fai-