GOUVION, MINISTRE DE LA MARINE
sait conduire et arrêter presque sous les fenêtres de Decazes. L'heure étant prévue, M™« Princeteau et toutes ses nièces ne manquaient pas de s'y trouver, et le Roi les saluait de la main, en appelant chacune d'elles par son nom de baptême.
« Je revins à Paris, bien convaincu que je ne serais pas ambassadeur, et que bon gré, mal gré, la force des choses me ferait bientôt remplacer Gouvion à la Marine; en attendant, le lendemain 24 de juin, le Moniteur publia la nomination de ce dernier.
« Deux jours après, le duc de Richelieu m'invita à dineravec le nouveau ministre de la Marine; lorsqu'on m'annonça dans le salon, le duc vint au-devant de moi, et me prenant par la main, il me dit en riant : « Vous ne me tenez donc pas rigueur comme M. Beugnot, qui m'écrit en réponse à mon invitation qu'après le passe-droit que je viens de lui faire, il ne peut décemment diner chez moi. »
« — Et quel passe-droit, répondis-je, expliquezvous? »
« — Vous ne le devinez pas, reprit le duc, c'est d'avoir choisi un autre ministre de la Marine que lui. » « Beugnot regardait que le département de la Marine lui était inféodé depuis qu'en 1814 le Roi le lui avait confié. Il exerçait depuis trois semaines la place de directeur de la caisse d'amortissement, que les mi-» nistres lui avaient donnée pour se concilier sa faconde dans la chambre. Je fus au maréchal dès que je l'aperçus pour lui faire mon compliment. « Je ne. comprends pas, dit-il en haussant les épaules, que l'on ait pensé à moi, c'est vous que l'opinion désignait, vous que l'on voulait nommer, et il est pitoyable qu'on se «oit laissé arrêter par le cri des ultras. » J'eus encore un complimenta faire à un autre convive, ce fut au comte