M. DE RICHELIEU ET SA SUCCESSION
SOUS la tente et le respect des institutions au milieu des camps. Ce qu'il y a de plus comique, c'est que Gouvion, dans sa pensée, composait ces trois cents énergumènes, qu'il voulait déporter, pour les deux tiers au moins de libéraux. Tel est pourtant ce vieux guerrier que ces mêmes libéraux, au moment où j'écris, regardent encore comme leur plus ferme appui. Après cela, écrivez l'histoire ou plutôt ne la cherchez que dans les mémoires particuliers.
« Deux jours après, j'eus avec M. de Richelieu une de ces conversations matinales dans lesquelles il lui arrivait d'ouvrir son âme, comme il ne l'a peut-être jamais fait d'ailleurs avec personne. Elle roula d'abord sur sa retraite, et il se demandait ce que ferait Louis XVIII s'il en était réduit à choisir entre lui et son favori.
« Ici, lui dis-je en souriant, l'estime l'emporterait sur t amour et le Roi vous préférerait, parce qu'il vous croit de beaucoup le plus nécessaire. »
« — Je le crois, me répondit-il avec une douce fierté, et j'ose penser qu'en le faisant le Roi s'honorerait. »
« Du reste, il ne songeait plus, grâce à mes représentations, à faire annoncer au Roi par Decazes sa volonté de quitter les affaires. Il s'occupait seulement du choix de ses successeurs et ne voulait plus d'autre président du conseil que le garde des Sceaux. Quant aux deux rivaux, Pozzo et Decazes, il les plaçait sur la même ligne en destinant au premier les Affaires étrangères et au second l'Intérieur. Il s'étendit ensuite sur cette lâcheté d'esprit qui est particulière à Pasquier et le rôle de confident qu'il jouait auprès de Decazes. Je lui parlai de l'intrigue des doctrinaires pour porter ce dernier à la présidence du conseil, y faire entrer