SITUATION DIPLOMATIQUE
Royer-Collard sans portefeuille et M. de Serre avec celui de la Justice, et lui racontai tout ce que Barante était venu de nouveau me dire à ce sujet.
(( De là nous passâmes aux grandes affaires qui allaient se traiter au congrès. Il me montra toute sa correspondance avec le prince de Metternich. En résultat, voici l'état où se trouvaient alors les négociations : les cabinets de Londres, de Vienne et de Berlin avaient insisté pour que leurs armées restassent en France jusqu'à l'expiration des cinq années fixées éventuellement pour l'occupation, mais, grâce à l'empereur Alexandre et aux efforts réunis de Pozzo et de M, de Richelieu, l'évacuation devait avoir lieu au bout de trois ans. Les trois cabinets ennemis avaient alors demandé que, du moins pendant les deux dernières années, une armée d'observation demeurât sur nos frontières pour nous surveiller. Les mêmes influences nous avaient encore évité cette honte. Une troisième proposition subsidiaire, celle de laisser une armée anglaise en Belgique, avait à son tour été écartée ; enfin on avait tenté vainement de renouveler le traité de Chaumont, qui plaçait l'état social en France sous la surveillance et la garantie des quatre grandes puissances. Dans le plan que M. de Richelieu s'était tracé, il restait à obtenir que la France s'élevât du rôle de protégée à celui de protecteur et qu'elle fût admise en cinquième dans cette alliance qui s'est approprié la dictature de la civilisation. Il comptait l'emporter à Aix-la-Chapelle, et nourrissait bien encore un autre projet, celui de citer l'extravagant roi d'Espagne au tribunal de la Sainte Alliance, de le faire venir au congrès pour s'y voir enjoindre de reconnaître l'indépendance de l'Amérique du Sud et d'envoyer la fille de l'ex-reine d'Etrurie régner à Buenos-Ayres.