‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 158 sur 204 · CONFIDENCES DE POZZO · texte numérisé non relu

CONFIDENCES DE POZZO

« Le mercredi suivant, Decazes reparut au conseil. Nous allâmes ensuite dîner tous à la Muette chez Corvetto, où nous devions le soir avoir une nouvelle conférence avec Baring. Decazes y montra plus de bon sens que de coutume et sortit un moment de l'intrigue pour entrer franchement dans les affaires. Il revint, ainsi que tous mes collègues, à mon avis de ne rien simuler, rien replâtrer, de maintenir le premier traité passé avec Baring, et d'en faire un nouveau pour les cent millions par lequel on s'engagerait, si les Alliés ne voulaient pas les prendre au cours, à les donner à Baring au prix moyen de la rente dans le mois qui suivrait l'évacuation. Baring consentit à tout et se montra jusqu'à la fin loyal, noble et simple. Le maréchal Gouvion, lui-même, en fut frappé et se vit forcé à faire, en faveur du banquier anglais, une exception à sa prévention générale contre ce peuple.

<( Pozzo me pressait depuis quelque temps de lui donner la première matinée où je serais libre pour qu'il pût me montrer toute sa correspondance sur nos affaires depuis le mois de mars. Le jeudi 19, je me rendis chez lui et j'y passai deux heures des plus curieuses. Il commença par me produire toutes les notes de l'Angleterre, également malveillantes pour la France et pour le ministère. Pozzo se croyait irréconciliable avec le cabinet anglais et ne manquait pas une occasion de le desservir, non plus que Sir Charles Stuart, son ambassadeur. Il me montra ensuite la dernière dépêche de Capo d'Istria dont la forme singulière me fit connaître le mode de correspondance établi entre Pozzo et son souverain . Selon l'ordre hiérarchique, l'ambassadeur s'adressait au ministre. Mais comme il savait que sa lettre serait mise sous les yeux de l'Em-

Page 1