‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 159 sur 204 · CONFIDENCES DE POZZO · texte numérisé non relu

CONFIDENCES DE POZZO

pereur, il la rédigeait en conséquence et y joignait quelquefois une lettre amicale et plus intime pour Capo d'Istria. La réponse ne coûtait guère à ce dernier, car il l'écrivait sous la dictée d'Alexandre ou devait la composer uniquement des propres paroles recueillies de la bouche impériale.

« La dépêche que je lus répondait à l'important mémoire envoyé récemment par Pozzo sur notre situation intérieure et les diverses questions qui allaient se traiter au congrès. Capo d'Istria racontait les discours d'Alexandre sur Pozzo et ses observations sur son mémoire dans cette forme : l'Empereur a dit, l'Empereur a observé... En résultat, Alexandre ne partageait pas la sécurité de son ambassadeur sur notre avenir, ni son amertume contre l'Angleterre ; il augurait aussi mal de la disposition de la France envers les Bourbons que de la prudence de ces princes, et de leur habileté. Il montrait la ferme volonté de maintenir le monde en paix, approuvait la marche de notre ministère, regardait la retraite de l'armée d'occupation comme urgente et inévitable ; enfin, il annonçait l'intention d'admettre la France en cinquième dans ce qu'il appelait la grande ligue pacifique européenne.

« S'il le détestait, j'ai déjà remarqué plusieurs fois combien Alexandre copiait Napoléon. Cependant il le dénigrait à toute occasion. Mais l'influence d'une première admiration est bien profonde sur un esprit et un caractère tels que les siens. L'imitation avait survécu à l'engouement et s'était changée en nature. Cette dépêche de Capo d'Istria, ce mode indirect d'une corpondance directe entre un souverain et ses agents éloignés étaient calqués sur Napoléon. C'est ainsi que son major général, prince de Neufchàtel, ou son secré-

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