LA LEGION P HONNEUR
OÙ la nature de l'esprit et du caractère de chacun se montra le plus à découvert. Pasquier demanda la Légion d'Honneur pour quelques juges. M. Laine et moi nous observâmes que cette décoration avait été tellement prodiguée et prostiluée depuis la Restauration, que pour lui rendre sa valeur il fallait désormais en être avare et surtout s'imposer, en la distribuant, des règles et des bornes dont on ne s'écartât plus. Le maréchal et M. de Richelieu nous appuyèrent, mais le favori soutint que loin de prodiguer la Légion d'Honneur, nous la donnions beaucoup trop peu et ne faisions pas assez usage de ce moyen de gouvernement.
« Le duc de Richelieu annonça ensuite que Barbé- Marbois demandait avec insistance que sa pairie passât après lui à son gendre le duc Charles de Plaisance. M. de Richelieu n'y voyait d'autre objection que les sentiments anti-bourbonniens que professait la duchesse de Plaisance. Decazes prit la parole et après s'être déclaré contre les transmissions de pairie en lignes collatérales « qui devaient, à la longue, ajoutat-il, amener la ruine de la pairie », il proposa de nommer pair le vieux duc de Plaisance, père de Charles lui-même. La conduite de Lebrun, duc de Plaisance, au 20 mars et pendant les Cent Jours avait été pitoyable ; Laine en pâlit de colère. Je représentai que plusieurs des pairs éliminés en 1815 méritaient de rentrer dans le sein de la chambre avant celui qu'on voulait y rappeler. Le maréchal saisit ainsi cette occasion de nous donner ses idées toutes démocratiques sur la pairie. Il ne voulait pas qu'elle fût jamais donnée à la richesse, à la naissance, mais seulement aux services et à la capacité, ce qui excluait l'hérédité. Decazes insista de nouveau sur le danger