LE DERNIER LIVRE DE M™^ DE STAËL
publié sur la tombe de son auteur. Le public n'épargne pas les louanges quand celui qui les mérite n'est plus là pour en jouir; d'ailleurs, il faut l'avouer, la personne de M™^ de Staël nuisait beaucoup à ses ouvrages. On refusait à ces derniers l'estime et la considération qu'elle-même ne pouvait inspirer. Les sentiments les plus purs, les vérités les plus utiles ou les plus hautes ne semblaient qu'un jeu d'esprit sous sa plume ingénieuse; on s'accordait pour saluer en elle un des esprits les plus brillants qui eussent paru sur la terre; mais lorsqu'il fallait y reconnaître un grand sens, une raison supérieure, on se rappelait une vie et des manières où le désordre et l'abandon de soi-même étaient poussés jusqu'à la laideur ; la justice alors devenait impossible : la femme nuisait trop à l'auteur. Les ouvrages de M"^ de Staël sont de ceux qui ne peuvent être bien jugés qu'au moment où le souvenir de leur auteur commence à s'effacer de la terre. « Le mercredi 3 septembre, le conseil se réunit devant le Roi comme à l'ordinaire. Decazes produisit l'extrait d'une lettre que le maréchal de Vioménil avait reçue d'un vendéen. Vioménil, vieux courtisan, recherchant la faveur et aimant l'argent, faisait secrètement une cour assidue au favori et trouvait moyen d'en tirer de bons profits, tout en conservant dans son parti sa réputation de royaliste exalté. Il avait envoyé à Decazes cet écrit où, soi-disant, un officier vendéen lui proposait de venir se mettre à la tête des habitants armés des provinces de l'Ouest pour arracher Louis XVIII aux ministres perfides qui gouvernaient sous son nom. Il était évident que cette lettre, si elle existait, n'avait pu être écrite que par un fou et que le maréchal ne lui donnait de l'importance que pour se faire un mérite de l'avoir livrée. Mais le