‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 171 sur 204 · LES MAJORS GENERAUX DE LA GARDE · texte numérisé non relu

LES MAJORS GENERAUX DE LA GARDE

1er un complot contre sa vie et le gouvernement. Ils sollicitaient d'être conduits devant lui et offraient d'écrire des lettres aux principaux conspirateurs dont ils livreraient les réponses. Decazes se croyait sur aussi qu'ils avaient écrit la lettre reçue par le maréchal de Vioménil. Sequevel et le Galle arrivaient d'Angleterre et demandaient qu'on leur envoyât mille écus à Dunkerque pour payer leur passage et leur route. Au lieu de cela, nous décidâmes qu'ils seraient arrêtés et livrés au procureur général Bellart, qui les interrogerait.

« Le ministre de la Guerre nous lut ensuite une lettre du maréchal Oudinot, écrite au nom des quatre majors généraux de la garde et dans laquelle on le sommait avec hauteur d'expliquer les dispositions, relatives à la garde, de l'ordonnance sur l'avancement. Je vis tout aussitôt Decazes écrire sur sa table un billet qu'il glissa dans la main du duc de Richelieu et où je ne doutai pas qu'il ne fût question de la lettre que nous venions d'entendre. Je pris la parole et relevai l'inconvenance et le danger de toute réclamation collective des chefs de l'armée. Tout le monde en convint et Gouvion resta chargé de faire aux majors généraux une réponse ferme et résolue, dont il lirait le projet le mercredi suivant devant le Roi. Mais le billet de Decazes au duc était resté ouvert devant mes yeux; je ne fus pas moins amusé que surpris d'y lire ces mots :

« J'ai voulu préparer le Roi à ce que vous voulez lui dire pour Pozzo ; au premier mot, il m'a dit : « Je lui ai donné le titre de comte en 1814 avec 1.700.000 francs; en saviez-vous quelque chose? »

« C'est ainsi que Decazes, même au conseil, ne perdait pas un instant de vue ses intrigues; il ne

DISSOLUTtOTTTÎ^S GARDES NATIONALES. 383

faisait mystérieusement cette révélation à M. de Richelieu, que pour le dégoûter de Pozzo. Depuis longtemps, il savait que ce dernier avait été magnifiquement récompensé par Louis XVIII en 1814, mais il tenait cette confidence en réserve pour le duc comme une arme dont il se servirait contre Pozzo, si jamais ce dernier devenait pour lui un rival dangereux. Quant à moi, j'ignorais complètement que Pozzo eût reçu ces 1.700.000 francs et, ce qui est le plus surprenant, M. de Richelieu l'ignorait aussi. J'admirai, en l'apprenant, que ce Corse osât me répéter si souvent que ses services avaient été méconnus et se plaindre si hautement de l'ingratitude des Bourbons. Le fait est que Pozzo est de ceux qui se plaignent tant qu'il leur reste quelque chose à désirer.

« Après le travail du maréchal, M. Laine présenta le sien et soumit à l'examen du conseil l'ordonnance de dissolution des gardes nationales. On réduisait les gardes nationales à l'état de gardes communales et Monsieur conservait le titre et les honneurs seulement de colonel général. Alors, M. de Richelieu nous apprit que le ministre d'Autriche, baron de Vincent, avait remis à Monsieur cinq jours auparavant, de la part de son maître, un mémorandum, où l'empereur François adressait à l'héritier du trône de paternels conseils sur les dangers de sa position, l'inconsidération de sa conduite et où il l'exhortait à se réunir franchement au Roi et à son ministère. Monsieur, d'abord étourdi du coup, avait promis à Vincent de s'amender, surtout si on lui donnait des garanties en faisant entrer deux de ses amis dans le cabinet.

« L'Empereur et Metternich, ajouta M. de Richelieu, mettent la plus grande importance k cette démarche et en attendent d'heureux résultats. »

Page 1