M. DE RICHELIEU ANNONCE AU ROI
échapper son secret. J'eus besoin toutefois de quelque effort et ne tardai pas à le quitter.
« Nous avions le jour suivant conseil chez le Roi. Tandis que nous attendions dans le cabinet, Pasquier vint à moi, me fit mille caresses et me dit qu'il était passé la veille chez moi pour me parler de mon entretien avec Decazes, dontce dernier l'avait instruit; pour la première fois, il sortit avec moi de sa réserve* ordinaire sur M. de Richelieu et m'en parla avec le dénigrement le plus amer.
« M. Laine et le duc de Richelieu nous racontèrent ensuite leur entrevue avec Monsieur. Ils avaient trouvé ce prince moins raisonnable et plus exigeant que jamais, au point même qu'ils s'étaient retirés sans lui lire le projet d'ordonnance portant suppression de la garde nationale. M. Laine lui avait seulement déclaré qu'il prendrait à ce sujet les derniers ordres du Roi.
« Le conseil n'offrit rien de remarquable que la réponse du ministre de la Guerre au maréchal Oudinot. La forme en était dure et blessante. Le Roi dit à Gouvion de la lui confier, ce que celui-ci ne fit qu'avec un extrême déplaisir. Il craignait que le Roi ne la montrât au duc d'Angoulême, et ce prince aux majors généraux eux-mêmes, qui s'étaient adressés à lui. Avant de la remettre au Roi, il offrit de la changer avec dépit, disant qu'elle était de ses bureaux et qu'il adresserait à Oudinot des éloges si tel était le bon plaisir de Sa Majesté. Decazes, qui vit que le maréchal s'échauffait, se hâta de le calmer par de douces paroles et le projet de réponse demeura entre les mains du Roi.
« Notre réunion du vendredi fut à peu près aussi stérile. On y lut une lettre de M. de Blacas annonçant que la cour de Rome montrait quelque penchant à se
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rapprocher et laissant espérer une convention provisoire qui ferait au moins gagner du temps. Corvetto nous apporta un règlement intérieur pour son ministère qu'il ne présentait au conseil que pour éviter de le soumettre à Decazes en particulier.
« En sortant, le duc de Richelieu me dit à l'oreille qu'il avait eu la veille sa grande conversation avec le Koi, que l'aflaire de Greffulhe était faite et qu'il me raconterait tout cela si je voulais venir causer le lendemain à huit heures du matin. Je n'eus garde d'y manquer et avant huit heures j'étais dans son cabinet. Il m'apprit d'abord qu'il avait obtenu pour Greffulhe son élévation à la pairie que je sollicitais depuis si longtemps et ne voulut pas, selon sa coutume, écouter mes remerciements.
« J'ai parlé, continua-t-il, une heure de suite au Roi, après l'avoir prié de nepasm'interrompre. J'étais, lui ai-je dit, plus propre qu'un autre par ma position à négocier l'affranchissement de notre territoire et à replacer la France au rang qui lui appartient ; mais les armées étrangères retirées, je cesse d'être nécessaire, je deviens même un obstacle, tant je suis peu fait pour surmonter les difficultés que l'administration intérieure présentera. Le bien du service de Sa Majesté exige donc que je me retire, je n'étais pas né pour être ministre, le hasard seul en a décidé autrement. Placé en Russie à la tète d'une des principales provinces de ce vaste empire, j'étais en première ligne pour arriver au ministère et cependant rien ne m'aurait fait accepter si l'empereur Alexandre m'y eût appelé. »
« Louis XVIII écouta M. de Richelieu sans l'interrompre, ainsi qu'il le lui avait promis, mais aussi avec un calme, pour ne pas dire avec une indifférence à laquelle le duc ne s'était pas attendu. Au lieu de ce