‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 174 sur 204 · M. DE RICHELIEU ANNONCE AU ROI · texte numérisé non relu

M. DE RICHELIEU ANNONCE AU ROI

prétendu désespoir dont Decazes l'avait effrayé, il ne recueillit de la bouche du Roi que des expressions polies et tempérées de regret et de ces assurances banales de bienveillance et d'intérêt que les princes croient des récompenses. La question même du successeur fut abordée et le Monarque congédia M. de Richelieu en le priant d'y réfléchir, comme il y réfléchirait luimême, jusqu'à son retour du congrès.

(( Ce trop excellent serviteur d'un tel maître était profondément triste en me faisant ce récit. Il était au-dessous de lui de se plaindre, mais son visage me disait que tant d'insensibilité, d'ingratitude avait brisé son cœur. Il m'ajouta qu'il se croyait autorisé par les paroles du Roi à parler de Pozzo à l'empereur Alexandre.

« — Mais, avez-vous songé, lui-dis-je, à la jalousie qu'un tel choix causera à l'Angleterre et à l'Autriche ? »

(( Il fut frappé de cette réflexion si naturelle et qu'il aurait dû faire depuis longtemps.

« Le Roi, reprit-il, répugne fort à faire Pozzo duc, parce qu'il ne lui trouve pas assez de naissance, tandis qu'il consentirait à faire M. Laine chancelier sans la crainte qu'il a d'affliger M. Dambray, parce que ses préjugés ne s'opposent pas à ce qu'un roturier s'élève aux premières dignités de la robe. Au surplus, rien de tout cela ne se fera qu'à mon retour; je pars dans huit jours, écrivez-moi souvent à cœur ouvert à Aix-la- Ghapelle, je parlerai à Mézy pour m'assurer que mes lettres et celles qu'on m'adressera ne seront jamais ouvertes* ; la défiance que m'inspire le maréchal Gou-

1. M. de Richelieu n'ignorait pas que le directeur principal des Postes avait livré le secret des lettres à Decazes et il voulait exiger de Mézy, qu'il savait honnête homme d'ailleurs, sa parole

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