SON INTENTION DE SE RETIRER
vion et surtout ses entours, me fait regretter de m'éloigner. Je crains qu'il me gâte davantage encore l'armée et ne mécontente cette garde qu'il déteste. »
« — Je vous écrirai, lui répliquai-je, très exactement toutes les semaines ; mais puisque vous avez annoncé au Roi comme inébranlable votre résolution de vous retirer, dites-moi s'il ne vous a pas montré l'intention de vous laisser un témoignage de sa reconnaissance que vous puissiez transmettre à vos descendants. »
(( — Que voulez-vous, interrompit-il, que le Roi fasse pour moi? »
« — Qu'il vous donne, tout au moins, une belle terre avec un titre qui rappelle vos services. »
« — Une terre! qu'il achèterait de son argent! fi donc ! je n'en veux pas. »
« — Eh bien, une grande charge de la Couronne. »
« — 11 n'y aurait que celle de grand veneur ou de grand écuyer. Ce n'est pas beaucoup plus que le premier gentilhomme de la Chambre que je suis déjà; en vérité, cela n'en vaut pas la peine. »
« — Mais vous allez vous retrouver sans aucune fortune, puisque la Révolution a anéanti la vôtre ! »
(( — Qu'importe, je n'ai ni goûts, ni besoins. »
c( — Si les chambres étaient justes, elles acquitteraient à la fois envers vous la Nation et le Roi. »
« Ici M. de Richelieu parut ému :
(( — Cela sans doute, reprit-il, me serait fort agréable, mais les chambres ne le feront pas, et sij'apprenais que vous en avez parlé à quelques-uns de leurs membres ou à qui que ce soit, je ne le vous pardonnerais de ma vie. »
« Homme admirable! caractère antique auquel il
que Decazes, ni le Roi, ni personne ne lirait sa correspondance. (Note du comte Mole.) <
394 POZZO ET DEGAZES.
n'a manqué qu'un peu de volonté et d'esprit pour obtenir autant de gloire que de vertu.
« Le soir, je rencontrai Decazes chez ma tante de Gaumont, dont la fille était très liée avec sa femme. Il me prit à part en entrant, pour me dire que Pozzo était venu le presser de s'expliquer et de prendre un engagement positif à son égard, parce qu'il ne voulait pas quitter le service de la Russie et renoncer à son ambassade sans être sur de ce qu'on ferait de lui en France.
« — Mon embarras, me dit Decazes, fut extrême, rien ne me fera prendre un engagement de cette espèce. Justement Royer sortait de chez moi lorsque Pozzo y est venu et son langage m'a bien prouvé qu'il serait éternellement impossible de faire accepter Pozzo à nos amis. J'aime mieux me retirer que de le tenter. Au surplus, Royer voulait aussi que je m'expliquasse et lui promisse de succéder k M. de Richelieu. Il m'accable en ce moment des plus flatteurs témoignages et j'ai peur que nous soyons destinés à nous brouiller un jour. »