‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 175 sur 204 · SON INTENTION DE SE RETIRER · texte numérisé non relu

SON INTENTION DE SE RETIRER

vion et surtout ses entours, me fait regretter de m'éloigner. Je crains qu'il me gâte davantage encore l'armée et ne mécontente cette garde qu'il déteste. »

« — Je vous écrirai, lui répliquai-je, très exactement toutes les semaines ; mais puisque vous avez annoncé au Roi comme inébranlable votre résolution de vous retirer, dites-moi s'il ne vous a pas montré l'intention de vous laisser un témoignage de sa reconnaissance que vous puissiez transmettre à vos descendants. »

(( — Que voulez-vous, interrompit-il, que le Roi fasse pour moi? »

« — Qu'il vous donne, tout au moins, une belle terre avec un titre qui rappelle vos services. »

« — Une terre! qu'il achèterait de son argent! fi donc ! je n'en veux pas. »

« — Eh bien, une grande charge de la Couronne. »

« — 11 n'y aurait que celle de grand veneur ou de grand écuyer. Ce n'est pas beaucoup plus que le premier gentilhomme de la Chambre que je suis déjà; en vérité, cela n'en vaut pas la peine. »

« — Mais vous allez vous retrouver sans aucune fortune, puisque la Révolution a anéanti la vôtre ! »

(( — Qu'importe, je n'ai ni goûts, ni besoins. »

c( — Si les chambres étaient justes, elles acquitteraient à la fois envers vous la Nation et le Roi. »

« Ici M. de Richelieu parut ému :

(( — Cela sans doute, reprit-il, me serait fort agréable, mais les chambres ne le feront pas, et sij'apprenais que vous en avez parlé à quelques-uns de leurs membres ou à qui que ce soit, je ne le vous pardonnerais de ma vie. »

« Homme admirable! caractère antique auquel il

que Decazes, ni le Roi, ni personne ne lirait sa correspondance. (Note du comte Mole.) <

394 POZZO ET DEGAZES.

n'a manqué qu'un peu de volonté et d'esprit pour obtenir autant de gloire que de vertu.

« Le soir, je rencontrai Decazes chez ma tante de Gaumont, dont la fille était très liée avec sa femme. Il me prit à part en entrant, pour me dire que Pozzo était venu le presser de s'expliquer et de prendre un engagement positif à son égard, parce qu'il ne voulait pas quitter le service de la Russie et renoncer à son ambassade sans être sur de ce qu'on ferait de lui en France.

« — Mon embarras, me dit Decazes, fut extrême, rien ne me fera prendre un engagement de cette espèce. Justement Royer sortait de chez moi lorsque Pozzo y est venu et son langage m'a bien prouvé qu'il serait éternellement impossible de faire accepter Pozzo à nos amis. J'aime mieux me retirer que de le tenter. Au surplus, Royer voulait aussi que je m'expliquasse et lui promisse de succéder k M. de Richelieu. Il m'accable en ce moment des plus flatteurs témoignages et j'ai peur que nous soyons destinés à nous brouiller un jour. »

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