‹ Le comte Molé, 1781-1855 (volume 3)Chapitre 2 sur 204 · VISITE A L HOTEL · texte numérisé non relu

VISITE A L HOTEL

connue étaient encore là; ils étaient ou les plus proches parents ou les amis de la maison. Je lui en montrais une excessive jalousie et d'autant plus que je ne pouvais ni la suivre dans le monde ni pénétrer chez elle.

« Déjà je recueillais les fruits de ma fatale et fausse sagesse; déjà nous marchions vers l'abîme, parce que j'avais voulu concilier la prudence du monde et les exigeances de la passion, les avantages calculés des voies communes et les trésors d'un dévouement qui ne se pratique qu'au prix d'un blâme, que le temps, la durée ou la mort convertissent seuls quelquefois en admiration. Le cœur humain est essentiellement romanesque; heurtez toutes les convenances où le monde fait consister sa morale, vous le verrez se dresser d'une seule voix contre vous, mais si, en bravant toutes ses lois, vous montrez une passion véritable, si les années en passant sur votre tête, semblent ajouter à la consécration exclusive de votr»? vie et aux jouissances de votre cœur, le monde s'étonne, puis il admire et bientôt il rougirait de ne pas vous envier; tel était le langage que je ne cessais de tenir à A... tout en l'encourageant à de mortels ménagements.

« Toutefois elle s'inquiétait de la sombre tristesse que j'apportais souvent auprès d'elle et elle m'offrit d'aller passer quinze jours chez son grand-père à quatre lieues de Paris. On était au plus fort de l'hiver le plus brillant, la terre était couverte de neige; rien ne peut donner l'idée des lettres ou plutôt des volumes qu'elle m'envoyait régulièrement chaque jour du fond de sa retraite; elle était tête-à-tête avec un vieillard, sans autre distraction même que celle d'une promenade et, comme elle me l'exprimait si bien, jamais

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